Adolescence,
Sexualité et Homosexualité |
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Notre
orientation sexuelle se révèle le plus souvent
au moment de l'adolescence, période d'extrême
fragilité psychologique et affective. Une avalanche
d'études scientifiques américaines et canadiennes,
entreprises au cours des dix dernières années,
tirent la sonnette d'alarme, révélant que 30
à 40 % des jeunes, se découvrant une orientation
affective et sexuelle différente de la norme hétérosexuelle,
ont fait au moins une tentative de suicide. La cause principale
? La difficulté d'acceptation de leur homosexualité
dans un environnement rejetant, culpabilisant.
Aujourd'hui, le milieu associatif, conscient de ces difficultés,
vient en aide aux jeunes et à leur famille, proposant
écoute, dialogue et soutien aux personnes concernées.
À l’adolescence, au début de l’âge
adulte, bon nombre de garçons et de filles, d’hommes
et de femmes, s’interrogent sur les sentiments qu’ils
ressentent et qu’ils découvrent. "Ca fait
longtemps que je sais que je suis attiré par les garçons.
Je croyais que ça passerait, mais plus je grandis et
plus je me rends compte que non. Je ne peux en parler à
personne. Mon père réagit très violemment
aux émissions sur le sujet. Mes copains et mes copines
sont tous hétéros. Ils ont l’air tolérants
comme ça mais je ne sais pas comment ils réagiraient.
J’aimerais rencontrer un garçon de mon âge.
Vous croyez que c’est naturel ?" Pierre, 15 ans,
a, comme beaucoup d’autres jeunes de son âge,
appelé la ligne Azur pour discuter d’attirance,
de désir, de sexualité et d’homosexualité.
Depuis trois ans, les équipes de cette ligne d’écoute
et d’information reçoivent les appels de jeunes
- garçons et filles - qui cherchent un interlocuteur
à qui se confier.
La valse des étiquettes
"J’ai 16 ans et je ne sais pas si je suis homo
ou hétéro. Je trouve les filles lourdes. Mais
ce sont peut-être des préjugés... Je ne
parle pas ouvertement de ce questionnement autour de moi,
seulement par allusions parfois." Mathieu.
La sexualité reste encore un sujet tabou. Elle fascine,
elle intrigue et la sexualité des autres renvoie souvent
à ses propres pratiques, à ses propres doutes.
Cela s’accompagne d’une pression sociale obligeant
chacun à se définir par rapport son comportement
sexuel. Quand on est adolescent, cette pression est souvent
difficile à vivre et beaucoup de jeunes cherchent à
savoir à quelle catégorie ils appartiennent.
Homo ou hétéro, on a souvent le sentiment qu’il
faut choisir son camp et on recherche alors en soi les signes,
les preuves qui démontreraient que l’on appartient
à tel ou tel groupe.
Mais la sexualité ne se résume pas à
des catégories. Chaque individu la vit différemment
et aucune règle n’existe en la matière.
Il faut se donner du temps pour apprendre à se connaître,
à identifier ses propres désirs. Toute expérience
n’est pas forcément définitive, ni un
engagement pour l’avenir. Éprouver une affection
particulière pour sa meilleure amie quand on est une
fille ne signifie pas obligatoirement que l’on est lesbienne.
Se masturber entre copains en regardant des films pornos n’est
pas une pratique réservée exclusivement aux
homosexuels.
Découvrir son corps, chercher à connaître
celui des autres, sont des étapes nécessaires
pour trouver son équilibre. Et il est important de
prendre son temps. Entre homosexualité exclusive et
hétérosexualité exclusive, toute une
gamme existe et c’est à chacun de faire son chemin
pour savoir où il se positionne. À l’inverse,
on peut se savoir homosexuel(le) sans avoir jamais couché
avec une personne de son sexe.
Le regard des autres
"Je me sens homo mais je ne peux pas le vivre. Je suis
très isolé, c’est difficile d’en
parler en famille. Je suis toujours renvoyé à
une image très négative de l’homosexualité.
Au lycée, c’est terrible, je me fais insulter.
Ça doit se voir que je suis homo. J’ai l’impression
d’être un cas unique." Laurent, 16 ans.
La faible représentation des homosexuels ou des bisexuels
dans les médias, l’absence au collège
ou au lycée d’espaces de discussion et d’information
autour de la sexualité, donnent souvent l’impression
à un(e) jeune homosexuel(le) qu’il(elle) est
seul(e) au monde. Cette impression est renforcée lorsque
l’entourage montre des signes d’hostilité
à l’égard de toutes relations entre personnes
de même sexe. |
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Dans
certains milieux - en province ou en banlieue, par exemple
-, l’homophobie quotidienne et lancinante est une pression
sociale qui tend à cacher toute expression d’une
attirance, d’un désir à caractère
homosexuel. Même si elle est invisible, il ne faut pas
oublier que l’homosexualité est présente
dans tous les milieux, dans toutes les régions, dans
toutes les classes d’âge. Au lycée, un
autre garçon ou une autre fille partage peut-être
les mêmes angoisses, les mêmes doutes ou interrogations.
Vous la côtoyez tous les jours, vous croyez la connaître
et pourtant...
Parler ou se taire ?
"Je suis beur. J’habite en banlieue, dans une cité.
Je la vis tout seul mon homosexualité, enfin je n’ai
jamais eu de relation sexuelle. Dans le milieu maghrébin
et sportif où je vis je ne peux en parler. J’ai
pensé au suicide... Je suis quelqu’un d’hyper
timide pour pouvoir parler à quelqu’un, échanger.
J’ai peur que cela soit su. Il y a un risque physique
pour moi. Mais vivre dans le mensonge, dans cette angoisse,
ce stress.. ." Nasser, 21 ans.
Il n’est pas facile d’assumer son homosexualité
surtout dans un environnement hostile. L’hétérosexualité
étant dominante, tout garçon ou toute fille
est considéré(e) a priori comme hétérosexuel(le).
"Tu as une copine?", "Comment s’appelle
ton petit ami?", ces questions banales posées
par les parents, la famille ou les proches peuvent se révéler
pesantes quand on se sait homosexuel(le). Se taire, se cacher
et mentir semblent être la seule alternative pour se
protéger des réactions négatives - réelles
ou supposées - de l’entourage. Mais lassés
du mensonge, certains jeunes homosexuel(le)s se posent la
question du "coming out" c’est-à-dire
d’informer leur entourage de leur préférence
affective et sexuelle. Cette tentation est d’autant
plus forte quand on est amoureux(se) et que l’on voudrait
vivre cet amour au grand jour, voire le proclamer à
la terre entière.
Le "coming out"
Aucun mode d’emploi n’existe pour réussi
son "coming out". Il faut toutefois prendre le temps
d’évaluer son entourage et ne pas se précipiter.
L’annonce faite à la fin d’un repas où
toute la famille est réunie n’est pas forcément
la meilleure méthode. Il est préférable
de repérer parmi ses proches une personne de confiance
qui sera la première à qui on se confiera. Outre
une "répétition générale",
ceci permettra également d’avoir un ou une allié(e)
lors de l’annonce au reste de la famille. Mais attention,
il n’est pas facile de savoir comment les autres vont
réagir. Même s’ils tiennent régulièrement
des propos hostiles aux homosexuels, ils réagiront
peut-être différemment face à l’homosexualité
d’une personne qui leur est proche, montrant de l’affection
et de la compréhension. À l’inverse, on
peut être tolérant avec des amis homosexuels
et ne pas accepter l’homosexualité de son enfant.
Les réactions peuvent être particulièrement
violentes. Même si les cas de rejet, de mise à
la porte sont rares, ils existent. Il ne faut pas oublier
que si, pour soi, l’acceptation de son homosexualité
a été un chemin difficile à parcourir,
pour les parents aussi cela peut être une épreuve
douloureuse, voire violente. Ils devront eux aussi faire leur
chemin vers l’acceptation en passant par des phases
de culpabilité ou de déni. Eux aussi ont besoin
de temps.
Trouver à qui parler
Il
est important dans toutes ces situations de pouvoir en parler,
de trouver un interlocuteur qui ne vous jugera pas, qui vous
respectera en tant qu’individu et qui vous écoutera
en toute confidentialité. Des services comme la ligne
Azur sont à votre disposition pour répondre
à toutes vos questions. Ils vous informeront sur la
sexualité et les maladies sexuellement transmissibles,
vous donneront des adresses pour obtenir une aide ou rencontrer
d’autres personnes partageant des sentiments similaires.
C’est aussi le rôle des psychologues, des psychanalystes,
des psychothérapeutes. Pas besoin d’être
malade pour aller les voir. Ils peuvent être très
utiles pour avoir quelqu’un à qui parler, à
la condition qu’ils respectent une règle fondamentale
: le non-jugement. Pour éviter les mauvaises expériences,
il est préférable de demander l’adresse
d’une personne de confiance à son médecin
généraliste, à l’infirmière
scolaire ou à la ligne Azur. Dans tous les cas, si
le psy ne vous convient pas, vous devez en changer. Il n’y
aucune obligation de continuer à le voir. Vous devez
pouvoir choisir la personne qui vous aidera le mieux à
avancer dans votre réflexion. Des associations de jeunes
homosexuel(le)s comme le MAG ou Gémini peuvent également
vous permettre de sortir de votre isolement, n’hésitez
pas à les contacter.
Emeric Languérand
N.B. : Tous les propos reproduits sont issus des entretiens
réalisés par les écoutants de la ligne
Azur. Ils ont été modifiés afin de respecter
l’anonymat des appelants tout en respectant leur parole.
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