******Ananas *** Infos******


Retour au sommaire des Archives


Handicap et travail : Mention "insuffisant" !

Des chiffres qui parlent :

Belgique :

La population handicapée représente 11, 9 % de la population globale.
Or, 41 % de la population « ordinaire » travaille contre 2 % de la population handicapée.

France :

La population handicapée représente 10,3% de la population globale.
Or 42% de la population « ordinaire » travaille contre 5,1% de la population handicapée.

Canada :

La population handicapée représente 12,8 % de la population en âge de travailler.
Or, 33,65% de la population handicapée apte au travail (attention les taux belges et français sont calculés sur la population globale) possède un emploi toute l’année, contre 71% de la population active ordinaire.

* Il ne m’a malheureusement pas été possible de trouver les chiffres pour la Suisse*

Mention "Insuffisant" !

Pourquoi ?
Manque de dispositions légales ?

Pas vraiment. La plupart des pays européens disposent d’une législation relativement fournie en la matière et permettant des facilités aux employeurs désireux d’offrir du travail à des handicapés.

Alors que se passe-t-il ?

Première hypothèse :Les infrastructures

Il est vrai que beaucoup d’édifices publiques ou privés ne disposent pas de systèmes permettant à tous d’y accéder. Suite à la parution au moniteur de la toute nouvelle loi contre la discrimination, j’ai passé mon temps à recenser simplement les édifices publiques ne permettant pas l’accès aux personnes à la mobilité réduite dans ma ville…Pas de rampes, pas d’ascenseurs, portes d’entrée nécessitant le franchissement de trois marches au moins, portes trop étroites, boutons d’ascenseur ou d’ouverture trop élevés, absence de barres de sécurité ou d’appui, etc. Jouer donc à ce petit jeu autour de chez vous et vous comprendrez vite ! Alors, avec un bilan aussi morose pour l’utilisateur occasionnel, il y a là de quoi décourager le plus motivé des demandeurs d’emploi !
Cependant, il faut reconnaître que l’adaptation des lieux peut se révéler très coûteuse pour de petites entreprises. Un petit coup de pouce ne serait pas superflu…d’autant qu’elle concerne plus de 10 % des contribuables !

Deuxième hypothèse : Les a priori

Ici, c’est le petit jeu du cercle vicieux…Combien de patrons, chefs d’entreprise ou du personnel n’écoutent-ils pas encore cette petite voix, qu’ils refusent d’admettre, qui leur dit qu’une personne handicapée sera plus source de soucis qu’autre chose ? Ou moins performante ?... au choix !

La responsabilité en incombe à la terminologie elle-même. Dire "les handicapés" ne signifie rien. Vous ètes handicapés à partir du moment où l'une des fonctions de votre organisme ne fonctionne plus correctement voire plus du tout. Ainsi, cela peut aller d'un rhumatisme articulaire de la main à la paralysie totale, de la malvoyance ou la malentendance à différents degrés, de difficultés de déplacement à la paraplégie, etc....Il en va de même pour les handicaps mentaux. Combien d'entre nous n'ont-ils pas encore le réflexe de considérer toutes les personnes handicapées comme des personnes présentant des problèmes mentaux ou intellectuels ?
En considérant la plupart des emplois proposés, ils ne nécessitent pourtant pas l'utilisation de toutes nos fonctions motrices ou mentales, même si nous avons la chance d'avoir un organisme en parfait état de marche.

troisième hypothèse : le niveau de scolarité

Effectivement, on constate dans les pays sus nommés une beaucoup plus grande porportion de personnes non-qualifiées. Les raisons ? La formation des personnes handicapées est-elle la laissée pour compte de l'éducation ou les infrastructures scolaires dites traditionnelles ne sont-elles pas, elles non plus, inadaptées à la fréquentation des personnes à mobilité réduite ? Ceci mériterait une enquête plus approfondie qui dépasse mes compétences. Mais il ne serait pas inintéressant d'attirer l'attention des pouvoirs publics sur cet état de fait.

Quatrième hypothèse : Les handicapés eux-mêmes

Ceci n’est d’ailleurs que la conséquence des deux premières hypothèses…Et fidèle à mon fil conducteur qui est que tout est dans tout, la réponse doit sans doute se trouver quelque part au milieu.
Imaginez une seule seconde, par exemple, que vous êtes privés de vos jambes…Le simple fait de vous rendre sur votre lieu de travail relève du véritable parcourt du combattant : véhicule adapté coûteux, transport en commun trop peu souvent conformes, sans compter le nombre d'obstacles quotidiens que nous ne voyons même plus comme les bordures des trottoirs, les automobiles garées sur les trottoirs, l'état lamentable des chaussées, etc.

Le regard des autres n'est pas non plus le moindre frein...Souvent pétris de bonnes intentions, nous avons parfois tendance à infantiliser les personnes handicapées parce que nous les percevons comme diminuées alors qu'au fond d'elles-mêmes leur intégrité est intacte...La pitié, la compassion, ne sont-elles pas un reflet de notre propre culpabilisation, de notre impuissance? La société mise à ce point sur la norme que la différence nous paraît systèmatiquement comme paralysante. Nous ne parvenons pas à voir simplement un être humain...Nous faisons de son handicap la globalité de l'individu. Et cela est insupportable pour l'autre, qui a besoin d'être considéré en tant qu'être humain en toute égalité. Ne dit-on pas que la machine humaine est à ce point formidable qu'elle développe des sens plus aiguisés pour compenser ses lacunes ? Pourquoi ne pas partir de l'idée que la personne handicapée est simplement différente ? "Oui, je peux faire cela parce je sais marcher et toi pas. Mais toi, tu peux faire cela parce que tu es plus habile de tes mains que moi." Il y a également des handicapés mentaux qui se révèlent de formidables artistes parce que moins embarrassés que nous par des considérations intellectuelles brimantes, tandis que certaines personnes dites "normales" sont incapables de tenir un crayon.


Conclusion : Pas très encourageant !

Alors, la question reste ouverte…Une loi contre la discrimination ? Formidable…C’est un fameux pas en avant…Mais il ne faudrait pas oublier la discrimination par inadvertance…
Si nos politiques ont enfin compris l’importance primordiale de telles lois, espérons au moins qu’ils ont pensé à nous en donner les moyens !

Cependant, n'oublions surtout pas que nous avons tous une part de la responsabilité dans cet état de fait. En n'exigeant pas plus de considération et de droits, nenous privons-nous pas de tout un potentiel enrichissant ?

Azaléa

Sources :

Données statistiques « Université de Paris » - archives desshandi/rapport gallo

Agefiph - Caractéristiques de la population handicapée active

CCDS-Canada – Fiche d’information du CCDS Personnes handicapées