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Prostitution : Les Premiers Effets de la Loi Sarkozy

Anecdote :
Il y a un an, en été, Porte de la Villette. J’attends à un carrefour qu’un ami vienne me chercher. Les voitures tourniquent, certaines ralentissent, s’arrêtent presque. Je suis habillée légèrement : il fait très chaud. Agacée, je m’assieds sur un banc…même manège ! Si j’avais attendu mon ami aujourd’hui, peut-être serais-je dans un commissariat pour racolage passif.
Merci Monsieur Sarkozy.

Quatre prostituées relaxées par manque de preuve et une amende de 300 euros pour une autre. Les juges se montrent prudents. Entre-t-on dans une période de répression des femmes, livrées à l’arbitraire de la police et de la justice ? Comment déterminer si vous faites réellement du racolage passif ? La longueur de votre jupe ? Le fait d’ouvrir votre manteau ? Le fait d’arpenter un trottoir, d’attendre au coin d’une rue ? On ne compte plus les exemples démontrant la stupidité, voire l’ignominie de cette loi.

Votre objectif avoué : mettre fin au phénomène, protéger les femmes des proxénètes…En d’autres circonstances, cela prêterait plutôt à rire.
Effrayées, acculées, les prostituées s’éloignent de plus en plus des zones habitées. Aucun moyen de fuite, risques accrûs d’agression, impossibilité de plus en plus grande pour les organismes de soutien et d’aide de les localiser, donc de les soutenir, voire leur permettre de se protéger. Voilà aussi les charmantes répercussions d’une réglementation phallocrate et hypocrite.

De plus, que penser de la monopolisation de la police à de telles tâches. Le citoyen ne se sent pas en sécurité et que fait la police ? Elle arpente les boulevards et les quais à la recherche de dames montrant un peu trop le haut de leurs cuisses ou stationnant au même endroit un peu trop longtemps…
C’est étrange… A Liège, dans ma ville, très peu de prostituées sur les trottoirs…Elles ont pignon sur rue. La police n’a pas cru bon de fermer les bars et c’est tant mieux. Les conditions y sont parfois déplorables mais il est plus facile de les atteindre, voire de repérer les macs. Là aussi, il y a du boulot puisqu’il n’y a toujours pas de statut légal. Mais, au moins, pas de « chasse aux sorcières ».

Vous vous plaignez, Monsieur, de l’abondance de femmes sur vos trottoirs…Mais c’est vous ou la loi que vous défendez qui a jeté celles-ci à la rue et ce depuis 1946. En pourchassant celles qui offrent parfois un peu de réconfort à vos pairs, vous faites preuve d’une mentalité que Marthe Richard n’aurait pas désavouée.

Vous parlez d’indulgence lorsqu’une prostituée montre une volonté de réinsertion…Mais réinsertion de quoi ? Femme de ménage, ouvrière en usine ? Car, ne vous en déplaise, la prostitution est un métier que beaucoup ont choisi. Que faites-vous donc du droit des personnes à disposer de leur propre corps ?

Et les conditions d’hygiène, y avez-vous pensé ?

Vous me direz : « Facile de critiquer et que proposez-vous ? »

C’est très simple : Réouverture des maisons closes sous certaines conditions de sécurité et d’hygiène. Reconnaissance légale de la prostitution avec protection sociale. Et éventuellement surveillance policière uniquement dans le but d’enrayer le proxénétisme.
Cela vous paraît simpliste…Mais, pourquoi faire simple quand on peut faire compliqué, n’est-ce pas ?

Azaléa

Sources :

300 euros avec sursis pour une prostituée jugée pour "racolage " Alexandre Garcia
LE MONDE | 07.05.03 | 14h24

http://www.lemonde.fr/

"300 euros d'amende avec sursis
pour avoir ouvert son manteau" (AP)
Nouvel Observateur 8/05/03
http://permanent.nouvelobs.com/

« Coincées entre police et proxénètes » Benoit Helme
L’Humanité l'édition du 7 mai 2003.
http://www.humanite.presse.fr/

"Prostitution: la gifle des juges au ministre Sarkozy"
BERNARD DELATTRE
La libre Belgique – 6/05/03
http://www.lalibre.be/

« Envoyé Spécial » France 2
8/05/03