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Victoire de SOS Racisme

Article paru le:04/10/2002 - Auteur: REJU Emmanuelle
Le Moulin-Rouge ne voulait pas de serveur noir.
Le restaurant du Moulin-Rouge est poursuivi pour discrimination raciale.
D'ordinaire, la formule est plutôt évasive : « On ne veut pas trop de gens du 93, vous comprenez ? »,susurre-t-on aux agents des missions locales ou des ANPE. Rien de tel avec le restaurant parisien du cabaret le Moulin-Rouge. « Nous ne prenons pas d'étrangers en service en salle, répond à François Masson, conseiller de la mission locale de Paris, la secrétaire du restaurant,
Micheline Beuzit. Nous prenons des gens de couleur en cuisine, par exemple, mais pas comme serveur. » Voilà comment la candidature d'Abdoulaye Marega, commis de salle et Sénégalais, est retoquée le 16 novembre 2000. Cette affaire de discrimination raciale à l'embauche doit être examinée aujourd'hui par le tribunal correctionnel de Paris. « Un cas exemplaire »,pour Samuel Thomas,
vice-président de SOS Racisme. « Que ce soit par peur de perdre une entreprise cliente ou par fatalisme, il est très rare qu'un conseiller de mission locale brise la loi du silence. »
A peine achevée sa conversation avec Micheline Beuzit, François Masson a décidé d'appeler SOS Racisme. Une stratégie est alors imaginée. Le 13 décembre 2000, la secrétaire réitère ses affirmations, la conversation étant écoutée par Abdoulaye Marega et une autre conseillère de la mission locale. Un mois plus tard, c'est enregistré par une caméra que François Masson rappelle son interlocutrice qui reprécise : « Il faut avoir entre 18 et 22 ans (...), une bonne présentation (...), à la cuisine ou à la plonge on prend des Sénégalais. En salle, actuellement, on n'a que des Européens (...) _a, il ne faut pas le mettre dans l'annonce, évidemment, on n'a pas le droit de le mettre. »Saisie par SOS Racisme, l'inspection du travail constate qu'effectivement, aucun serveur noir n'est en salle et recueille des aveux de la consigne discriminatoire. S'ensuit une enquête de police qui récolte assez d'éléments pour aboutir à une saisine du parquet. « Dans cette affaire _ une fois n'est pas coutume _ toute la chaîne a parfaitement fonctionné et tout le monde a réagi avec célérité », se félicite Samuel Thomas.

La direction du Moulin-Rouge conteste toute pratique discriminatoire, se flattant au contraire d'abriter « une vingtaine de nationalités, y compris des Noirs, en salle ou sur scène ». Et la conversation enregistrée ? «Elle n'engage que la personne qui a tenu ces propos et qui a fait du zèle », rétorque Jean-Luc Pehau-Ricau, directeur de la communication du cabaret parisien.
Pour la direction du restaurant, la secrétaire aurait agi de sa propre initiative.
Cette ligne de défense devra convaincre les juges. Elle n'a en tout cas dissuadé ni SOS Racisme ni le parquet qui a renvoyé devant le tribunal le directeur du restaurant André Poussimour pour discrimination et Micheline Beuzit pour complicité de discrimination.
Pour SOS Racisme, partie civile aux côtés d'Abdoulaye Marega, le procès d'aujourd'hui doit être un encouragement pour tous les conseillers des ANPE et des missions locales. « Ils font le sale boulot à la place des entreprises, s'insurge Samuel


vendredi 22 novembre 2002


Le Moulin-Rouge en procès pour discrimination raciale au travail



SOS Racisme vient de remporter le procès contre le restaurant du Bal du Moulin Rouge Le Restauration du Bal du Moulin Rouge représenté par André POUSSIMOUR reconnu coupable de discrimination et condamné à une amende de 10 000 euros. La Secrétaire Mme Beuzit reconnue coupable de complicité de discrimination a été condamnée à 100 jours amende de 30 euros. Tous les deux ont été condamnés à payer solidairement 4500 euros d'indemnité à Abdoulaye MAREGA et 2300
euros d'indemnités à SOS Racisme partie civile ainsi que 225 euros chacuns aux parties civiles pour leurs frais d'avocat (article 475/1). Ils ont par ailleurs été condamné au titre de peine complémentaire à publier je jugement dans le Parisien et dans Le Monde. Cette victoire constitue un encouragement pour les victimes de discrimination à l'embauche et pour SOS racisme et la technique du testing. C'est un avertissement pour toutes les entreprises qui pratiquent des discriminations à l'embauche et pour les patrons qui insitent leurs subordonnés à commettre ces délits. L'occassion est aussi donnée par cette décision de justice à toutes les ANPE et Missions Locales de France qui obeissent aux consignes discriminatoires d'employeurs ou qui cautionnent ces pratiques en appliquant la loi du silence. La dénonciation à SOS Racisme de Francois Masson, conseiller Mission Locale de Paris dans l'affaire Moulin Rouge ne doit pas demeurer une démarche héroique mais doit devenir une démarche banale pour tous les conseillers ANPE et Mission
Locale de France.