La
tâche de Michel Dorais et de son équipe, concernant
un phénomène toujours illégal, a exigé
un travail de terrain considérable, les amenant à
réaliser une quarantaine d'entrevues avec une palette
diversifiée d'individus liés à la prostitution,
dont les profils varient énormément de nature.
S'appuyant sur ces entretiens et sur une méthodologie
limpide, cette recherche subventionnée par Santé
Canada aboutit à des réponses multiples et
nuancées aux questions "Comment et pourquoi
devient-on travailleur du sexe?".
Une optique fondatrice
"Entre le jeune toxicomane qui exerce ce métier
pour subvenir à ses besoins pressants de drogue et
celui qui danse nu ou se prostitue en éprouvant un
sentiment de libération personnelle il y a un monde",
dit Dorais dans sa conclusion. Cette diversité de
la prostitution, Travailleurs du sexe la respecte, bien
que les prostitués de rue se soient montrés
davantage disponibles pour les fins de l'étude, comparativement
aux danseurs et aux escortes.
Après
avoir décrit et compartimenté le champ de
la prostitution masculine, Dorais passe en revue les différents
patterns de vie découverts, dont quatre sont ensuite
observés plus en profondeur. À partir de ce
découpage, il peut finalement faire ressortir les
différences et les ressemblances entre ces scénarios.
Un panorama qui se construit entre quatre pôles: l'appartenance,
l'appoint, la dérive, la libération, et qui
permet de dire qu'"il n'y a pas une prostitution masculine,
mais des prostitutions masculines, qui correspondent [...]
à des scénarios de vie, voire à des
besoins personnels différents."
Un
des objectifs de base du groupe de recherche fut aussi d'analyser
la manière dont les prostitués envisagent
la protection contre le virus du VIH et les MTS en général.
Le chapitre intitulé "Les risques du métier"
traite de cette question en se basant sur les angoisses
et les pratiques des interviewés, ouvrant sur l'aide
qu'il est possible de leur apporter.
Malgré
sa brièveté (à peine plus de cent pages),
Travailleurs du sexe élabore les fondements d'une
étude plus étendue sur le sujet, tout en fournissant
un outil immédiat aux intervenants en santé
en contact avec les prostitués.
THIERRY
BISSONNETTE
Site de l’université Laval