Je ne pouvais me faire à l'idée (moi qui nourrit
une véritable obsession pour le sexe opposé)
que mon propre frère puisse éprouver de la
passion pour des êtres du même sexe.
C'était
décidé, la situation ne pouvait pas être
réelle et encore moins durable. Je m'étais
mis en tête qu'il ne s'agissait que d'un accident
et que mon frère allait bientôt être
"guéri". Je me suis alors mis en quête
de toute la documentation possible sur le sujet, pensant
qu'elle pouvait me conforter dans cette idée.
Vous
l'avez deviné, elle ne m'a pas conforté du
tout, et c'est pour cette raison que je me suis dit que
ces âneries ne concerneraient pas mon frère.
Il fallait qu'il revienne à la normale, mais qu'il
y revienne de lui-même, naturellement, sachant bien
que toute intervention de ma part ne serait qu'une maladresse
susceptible d'être irrémédiable. Cette
impuissance me rendait triste, mais il fallait que je m'y
résolve. Notre amitié mutuelle n'avait pas
souffert et nous avons continué à nous apprécier
comme auparavant.
Les
années ont passé et la situation n'a pas changé.
C'est la durée qui a su avoir raison de mon refus
de l'évidence. Il était homo, j'avais fini
par me faire à cette idée. Il a fallu attendre
encore quelque temps pour que j'en sois heureux. En effet,
mon frère s'était métamorphosé.
Le garçon timide et renfermé d'avant était
devenu un homme sociable et épanoui, entouré
d'amis dont les préférences étaient
identiques aux siennes mais qui avaient fini par gagner
mon amitié, au même titre que n'importe quels
hétéros. C'est ainsi que, de la tolérance
relative, teintée de bonnes pensées populaires,
que j'éprouvais pour l'homosexualité avant
le coming out de mon frère (on n'a rien contre tant
que ça n'arrive qu'aux autres), j'ai fini par accepter
sincèrement que des gens puissent avoir des préférences
étrangères aux miennes sans pour autant les
considérer comme des gens différents.
R.
22/03/2003
Avec
l'aimable autorisation de Fred, Webmaster de Gayromandie