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la Poste, Etre Etranger n'est pas Recommandé |
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Par Airelle NIEPCE
«Un étranger n'a pas pu retirer une lettre
qui contenait son arrêté d'expulsion du territoire.
Comme le délai pour faire appel est de 7 jours, il
n'a pas pu faire appel.»Un
chargé d'étude du Gisti
Comment
se faire payer un mandat dans un bureau de poste ? Plein
de bon sens, un bulletin interne à la Poste préconise
pour la plupart des opérations au guichet que l'on
prouve son identité, quelle que soit sa nationalité,
avec une pièce «délivrée par
une autorité officielle, comportant la photographie,
la signature, la date et le lieu de naissance du titulaire».
Pour les étrangers, toutefois, les choses se compliquent...
En effet, certains bureaux adoptent une attitude plus rigoureuse
que la règle édictée.
Régularisation.
Une
jeune Algérienne en France depuis quelques années
a eu le désagrément d'en faire l'expérience.
Début janvier, elle se présente à la
poste d'Argenteuil pour retirer 524,40 euros par mandat
cash. La somme provient de la Carpa (1) après une
décision de justice française lui accordant
des dommages et intérêts pour des violences
commises par son compagnon. Au guichetier, elle montre son
passeport algérien mais l'employé lui demande
de fournir en plus un visa valide ou une carte de résident.
La situation de la jeune femme est en cours de régularisation,
elle ne peut donc fournir ce type de documents. Son argent
lui est refusé. Elle réclame alors son dû
par lettre recommandée au directeur du bureau de
poste, et un mois plus tard reçoit la confirmation
de cette fin de non-recevoir : «Pour les opérations
financières un passeport étranger avec visa
ou un titre de séjour» est nécessaire,
lui répond le directeur.
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| Entretemps,
bizarrement, elle avait eu plus de chance à quelques
kilomètres de là : à la poste de Gennevilliers,
où le mandat lui a été payé sans
difficulté. De là à croire que chaque
bureau applique, à sa manière, les instructions
internes en ce qui concerne les étrangers... Interrogé
à ce sujet, un chargé d'étude du Gisti
(2) affirme être régulièrement confronté
à ce genre de problème. «J'ai souvenir
d'un cas où un étranger n'a pas pu retirer une
lettre recommandée qui contenait pourtant son arrêté
d'expulsion du territoire. Vu que le délai pour faire
appel est de sept jours et qu'il a été considéré
comme défaillant pour venir chercher cette lettre,
il n'a pas pu faire appel.»
Pression.
Même
son de cloche du côté de l'Asti d'Orléans
(3), qui a dû faire pression sur la poste locale pour
que celle-ci accepte d'ouvrir des livrets A à des étrangers
domiciliés à l'association : «Pourtant,
la loi sur l'exclusion de 1998 dispose que toute personne
a droit à un compte de dépôt, note son
directeur, notre objet social nous demande peut-être
autre chose que de faire la queue à la poste pour obtenir,
somme toute, des choses qu'ils devraient pouvoir obtenir sans
nous.» S'il reconnaît la bonne volonté
de certains employés, il dénonce néanmoins
l'atteinte portée à la mission de service public
de la Poste : «Elle refuse ces gens, car ils lui coûtent
cher.»
Il y a quelques mois, le Gisti a engagé conjointement
avec le syndicat SUD une procédure contre des salariés
de la Poste devant le tribunal correctionnel de Melun pour
«provocation non publique à la discrimination
raciale». Un article était en effet paru dans
un journal interne pour sensibiliser les agents sur la multiplication
des escroqueries. Il y était évoqué le
cas d'un «Tunisien de 23 à 24 ans... à
la poignée de main moite et inconsistante, et au regard
fuyant». Le Gisti a été débouté,
mais sur la forme. Le tribunal lui a en effet indiqué
que l'action aurait dû être dirigée contre
la Poste elle-même.
Fraude.
Jointe
par téléphone, la direction de la communication
de la Poste a tenu à souligner «la disponibilité
avec laquelle les bureaux accueillaient tous les publics,
même ceux en difficulté, notamment en début
de mois pour le versement du RMI». Et précise
qu'à la suite de fraudes certains directeurs pouvaient
effectivement prendre des «mesures de vigilance un peu
plus grandes, notamment en ce qui concerne des opérations
financières délicates. Et il ne s'agit pas là
d'un problème français-étrangers».
Cependant, il est indéniable que ces «mesures»
atteignent d'abord des personnes en situation précaire
contribuant ainsi à les fragiliser un peu plus.
Vu
dans Libération
(1)
Caisse des règlements pécuniaires des avocats.
(2) Groupe d'information et de soutien aux immigrés.
(3) Association de soutien aux travailleurs immigrés.
http://www.liberation.fr/index.php
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