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Débat du 28 avril à Liège : Résumé et « homophobie ordinaire »

Le mot est fort, et j’en conviens. Mais il faut savoir parfois un peu pousser la provocation pour obtenir des réactions. Je reviendrais, si vous le voulez bien, en fin d’article sur ce terme.

LE DEBAT

A l’invitation d’Alliàge et du Chel, quatre candidats aux prochaines élections législatives étaient interpellés sur les revendications de la population homosexuelle, et ce sous la houlette du journaliste de la RTBF Thierry De Bock.

C’est dans une ambiance somme toute bonne enfant, que c’est déroulé le débat du 28 avril où étaient interpellés Marie-Claire Lambert, 2ème candidate effective à la chambre pour le PS, Michel Firket, 4ème candidat effectif à la chambre pour le CDH (Centre Démocrate Humaniste, anciennement Parti Social Chrétien), Philippe Monfils, 5ème candidat effectif à la chambre pour le MR (Mouvement Réformateur, anciennement Parti Réformateur Libéral) et André Verjans, 8ème candidat suppléant à la chambre pour Ecolo.

LA QUESTION DE L'ADOPTION

Apparemment, et curieusement, tous les invités semblaient s’accorder sur le fait qu’il n’y avait pas de raisons valables à une opposition à l’adoption d’enfants par des couples homosexuels. Il est même question de remettre à l’ordre du jour parlementaire la question d’adoption par des couples non mariés, où la spécificité homosexuelle serait également abordée.
Alors pourquoi un échec sur ce point ? Monsieur Monfils a déclaré s’être abstenu pour la simple et unique raison qu’il considère avoir manqué de temps pour élaborer ce qu’il appelle « une bonne loi » et que celle qui a été votée risque d’engendrer toute une série de problèmes, notamment en ce qui concerne les enfants d’un premier mariage. Interpellé sur les refus de membres de son parti, Monsieur Firket a spécifié que chacun était libre de voter en son âme et conscience quant aux problèmes de société et qu’il n’y avait aucun mot d’ordre générale, ni position tranchée et unilatérale au CDH. Quant à Marie-Claire Lambert et André Verjans, Ecolo et le PS étant nettement en faveur de l’adoption, les positions se sont confirmées par un langage clair et humaniste.
Cependant, un point mérite d’être relevé. Marie-Claire Lambert ayant soulevé le problème d’accorder un statut au parent social, une levée de bouclier s’est tout de suite mise en place dans le chef de Monsieur Monfils. Pour lui, il est hors de question de modifier les dispositions du code civil simplement pour des cas d’exception et que cela ouvrirait la porte à une dislocation complète du statut de la famille, accordant des droits à tout le monde et n’importe qui.
Il faudrait peut-être rappeler au représentant du MR que le parent social n’est pas une simple revendication mais un état de chose au contraire très fréquent et que celui-ci ne dispose d’aucun recourt légal en cas de disparition de son conjoint.
Combien de couples recomposés (qu’ils soient homos ou héteros d’ailleurs) ne vivent-ils pas avec les enfants d’une première union ? Le parent social s’investit parfois énormément, prenant grande part à l’éducation et ce parfois pendant des années. Impossible d’adopter ces enfants puisqu’ils ont toujours leurs deux parents. Or, en cas de séparation, ce conjoint se retrouve ni plus ni moins privé de la présence de petits auxquels il s’est attaché, de même que les enfants voient un de leurs attachements primordiaux brisé brutalement.
De même, les femmes lesbiennes se faisant inséminer artificiellement conçoivent pourtant un projet avec leur partenaire. Or, cette partenaire n’a aucun droit par rapport à l’enfant, et l’impossibilité de l’adopter !
A force de placer son raisonnement uniquement dans les textes de loi, on oublie parfois un peu d’avoir un regard réaliste sur la société.

LA POLITIQUE INTERNATIONALE

Suite à la loi contre la discrimination votée par la Belgique, il serait plus que nécessaire qu’elle adapte son comportement en matière de politique étrangère au diapason de sa politique interne.
Pour y parvenir, deux axes ont été pointés du doigt : L’accord du statut de réfugiés politiques aux homosexuels persécutés à l’étranger et le refus d’accords politiques ou économiques avec les pays pratiquant ce type de discrimination, ou en tout cas, acceptation sous réserve de cette condition sine qua non.

LA QUESTION DU DON DU SANG

Apparemment, aucun des candidats présents, outre monsieur Verjans, ne semblaient au courant des dispositions de la Croix-Rouge Internationale interdisant aux homosexuels masculins de donner leur sang. Pire, il semblerait, aux dires d’un membre de l’assemblée travaillant à la Croix-Rouge, qu’une seule relation sexuelle avec un autre homme dans toute votre vie, suffit à vous rendre impropre au don.
La disposition est d’autant plus choquante qu’elle parle de comportement à risque, alors que l’homosexualité n’est nullement un « comportement »…Elle est dans la nature de l’être…Il ne choisit pas…Il est.
Cependant, un autre intervenant a déclaré que la Croix-Rouge, interpellée sur le sujet, avait quelque peu modifié le texte mais qu’il restait ambigu. Il passerait du statut de discrimination directe à celui de discrimination indirecte, ce qui rappelons-le, est également prévu dans la loi et passible de peines.

LA QUESTION DE L'EDUCATION ET DU COMPORTEMENT

Volontairement, j’ai placé ce sujet en dernier parce qu’il mérite une réflexion approfondie de chacun quant à ces propres valeurs et les schémas qu’il véhicule. Comme l’a très bien souligné Michel Granados, vice-président d’Alliàge, le processus de la conception de la société commence dès le plus jeune âge. Comment permettre à des enfants d’assumer pleinement ce qu’ils sont, si l’école continue encore et toujours de ne proposer que le modèle de la famille traditionnelle « Papa-Maman-Bébé » ? Ainsi, proposer dans l’enseignement divers modèles familiaux, traditionnelle, recomposée, de famille homo, etc. permettrait aux jeunes découvrant leur homosexualité de se sentir beaucoup moins exclus.
« Combien de fois, s’écrie un intervenant, ne m’a-t-on pas demandé si je n’avais pas encore de fiancée ? Dans ce contexte, comment répondre alors : non, j’ai un copain ? »
La question de la formation des enseignants est alors posée…et pas seulement dans le cadre de leur enseignement mais aussi dans le modèle qu’ils proposent aux enfants.
« Tu traites quelqu’un de con, l’enseignant réagit. Tu le traites de pédale, il rit » entend-on fuser dans la salle.
L’image ainsi véhiculée est d’ailleurs loin d’être le seul fait de l’école. La presse elle-même s’en mêle en cherchant sans cesse à présenter les homosexuels comme des « folles » exubérantes. L’exemple a d’ailleurs été donné d’une LG pride où un journaliste cherchait absolument à comprendre pourquoi la délégation liégeoise n’était pas déguisée en drakqueen plutôt qu’en Tchantchès et Nanesse qui sont des personnages du folklore liégeois. N’ayant, dès lors aucun intérêt pour ce journaliste en mal de sensation, ils ne sont même pas passés à l’antenne.
Mais il y a plus grave encore, les travailleurs sociaux, les policiers, les fonctionnaires publiques, font parfois aussi preuve d’un comportement très discriminatoire à l’égard des homosexuels. Une sérieuse remise en question de leur formation est absolument nécessaire. Certains d’entre eux, sans être particulièrement homophobes, peuvent, par manque d’information, commettre des maladresses vexatoires ou humiliantes.

HOMOPHOBIE "ORDINAIRE"

Est-ce un hasard, est-ce la proximité du débat qui a provoqué en moi toute une série de remises en question ?
Le matin même, discutant avec mon fils, je me surprenais à dire « Quand tu auras une copine… ? » Hésitation…Prise de conscience…Réaction « …ou un copain… ».
Voilà tout est dit. Sans le vouloir, alors que je lutte pour une société plus juste pour tous, je me surprends moi-même à véhiculer des schémas. Au point de vue de la théorie, l’homosexualité n’est pas un sujet tabou dans la famille. Mais qu’en est-il des messages inconscients que nous envoyons par des discours stéréotypés ?
Il est un peu facile de taper le clou sur les instances publiques, l’enseignement, la presse, la police…Mais somme toute, ces organismes ne sont-ils pas composés de gens comme vous et moi, dans lesquels sont encore inscrits de manière profonde les modèles que la civilisation judéo-chrétienne nous a imposés pendant des siècles. La société n’est pas une entité : c’est nous qui la composons. Quoi de plus normal alors que l’on y retrouve amplifié le miroir de nos inconsciences et de nos maladresses ! C’est chacun qui doit clairement se redéfinir, accepter de se regarder. Et oui, même moi qui me targue de me battre pour le droit humain, j’ai fauté par inconscience.
Il ne s’agit pas de commencer à culpabiliser, loin de là. Mais d’ouvrir son esprit et de remédier. Une prise de conscience collective ne peut que favoriser une accélération du processus d’évolution positive qui aura fatalement des répercussions sur le monde publique, social et politique.


Azaléa


Un petit mot particulier pour Michel Thomé, président d’Alliàge : un grand merci pour tous les renseignements qu’il me fournit régulièrement, pour sa disponibilité et sa gentillesse.

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