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SDF : L'Absurdité
du système |
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Pas de
certificat, pas de toit
L'administration bloque le relogement de Philippe, SDF à
Toulouse.
Par Gilbert LAVAL
"Libération"
lundi 17 mars 2003
Toulouse de notre correspondant Philippe
Krebs
«Je
ne suis plus qu'à un petit bout de papier d'un retour
à la vie normale.»
La solution, il l'aurait bien. «Mais je ne veux pas
tricher», dit-il. Bien rasé, propre sur lui,
ce SDF
depuis le 7 février n'est à la rue que par
la grâce du roi Ubu. Il a la promesse des organismes
sociaux de lui apporter 70 % d'un éventuel loyer.
Il
a aussi les propositions de logement de quatre offices HLM.
Mais pour obtenir un studio de l'Opac, de la SA Les Chalets,de
la Cité des Jardins ou du Nouveau Logis méridional,
le sans-domicile fixe Philippe Krebs doit d'abord fournir
un certificat d'hébergement...
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«On
me demande quelque chose qui, par définition, ne peut
pas exister» souffle-t-il.
Galères.
Assis sur un banc de la gare routière Matabiau, cet
ex-agent commercial de 49 ans montre «l'attestation
de logement»que lui a fournie le foyer où il
est hébergé aujourd'hui, boulevard Riquet. Mais
une attestation ne vaut pas certificat.Ledit
foyer précise d'ailleurs très administrativement
en fond de page «dans le cadre d'un hébergement
d'urgence, la domiciliation n'est pas possible». La
mairie de Toulouse le renvoie vers celle de Ramonville où
ses galères ont commencé.
Laquelle mairie lui explique que la loi est mal faite...
Tous les SDF ne sont pourtant
pas con damnés à une éternité
dans la rue. «Il suffit de faire semblant d'avoir avec
soi un enfant qui n'est plus à sa charge. Ou de bidonner
un certificat de complaisance avec un Toulousain logé,
reprend Philippe, qui a vu faire ces petites embrouilles.
Personne ne vérifiera jamais.» Personne ne vérifie
mais tout le monde tient à ce que
les dossiers soient formellement irréprochables. Lui
se voit ainsi réclamer un jugement du tribunal de Bobigny
en 1990 pour avoir eu le malheur de cocher la case «divorcé»
dans un de ses dossiers. «Et si je m'étais déclaré
célibataire ?» demande-t-il à une assistante
sociale qui répond en levant une main évasive.
Mise impeccable. Les autres SDF l'appellent «tonton».
Comme s'il les protégeait des patrouilles de police
par sa mise impeccable.
Avec ses 13,56 eu ros quotidiens d'allocation de solidarité,
il a aussi un téléphone portable que lui
a trouvé l'agence Orange de la place Esquirol. Et la
Mobicarte que la Fnac lui a donnée. Il postule à
des emplois. Mais s'est fait traiter de «pinocchio»
au téléphone, la nuit du 17 février,
quand il demandait des couvertures aux pompiers pour ne pas
geler dans la voiture où il avait trouvé refuge.
«Ils ont dû croire à une blague»,
minimise-t-il.
Et Philippe Krebs ne se laisse pas démonter : «Je
ne suis plus qu'à un petit bout de papier d'un retour
à la vie normale.» Il flanche à peine
quand
il ajoute que personne ni aucune administration ne veut le
lui donner.
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