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Le Racisme
(1) par Jacques Tarnero |
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Le
racisme? Nommer et comprendre ce mot
Le racisme fait partie des mots en "isme" qui, par
la magie de leur suffixe, prétendent fonder une théorie
à partir d'un nouveau concept.
"Mal nommer les choses c'est ajouter du malheur au
monde."
Albert Camus.
Le racisme: une incarnation multiple
La préférence ethnique ou communautaire semble
l'emporter sur les grands idéaux universalistes. Les
affrontements idéologiques cèdent le pas devant
les plus régressifs des nationalismes. Le "racisme"
serait donc à la fois un discours commun, un comportement
individuel et collectif de rejet au faciès, un discours
théorique sur les "races", mais aussi sa
mise en oeuvre dont le succès politique est manifeste.
En France, mais aussi dans les autres démocraties européennes,
c'est bien à des projets xénophobes que souscrit
une partie de l'électorat.
Racisme
sans frontières
La question du racisme constitue bien un prisme de lecture
de l'histoire universelle des hommes. L'homme blanc et occidental
est certes l'inventeur de la prétention scientifique
du racisme et de sa mise en oeuvre politique la plus atroce
de l'Histoire.
Mais
le racisme est partagé par les différentes sociétés
humaines.
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Le racisme de Noirs à l'égard d'autres Noirs
ne date pas du génocide rwandais. L'État d'Israël
a été et demeure la cible d'attaques relevant
d'avantage de la haine antijuive que de la critique de sa
politique. Un antisémitisme tiers-mondiste, "anti-impérialiste"
constitue sa dernière métamorphose. Symétriquement
existent en Israël des discours racistes, qui révèlent
que le fait d'avoir été victime du racisme le
plus extrême ne constitue pas une prévention
contre ce type d'attitude et de pensée.
Au nom de la science
Sur un autre terrain, les développements de la génétique
et de la biologie posent autant de questions que les solutions
médicales qu'elles apportent aux maladies. La possibilité
offerte par ces disciplines d'intervenir sur le patrimoine
génétique de l'humain, de le modifier, renvoie
aux dérives criminelles de l'hygiène raciale
ou de l'eugénisme raciste. Les théories du "darwinisme
social", les projets de "biopolitique" font
partie du paysage intellectuel des années 80. Les travaux
sur les facteurs d'hérédité dans l'intelligence,
sur la mesure de celle ci, sur la liaison entre patrimoine
génétique et succès social font aussi
l'actualité scientifique. La science et ses progrès
servent parfois de caution à des théories ou
à des projets qui ont plus à voir avec la sélection
sociale qu'avec le souci thérapeutique. Où s'arrête
la thérapie et l'expérimentation nécessaire,
où commence le travail de l'apprenti sorcier? Les divers
comités d'éthique travaillent sur ces sujets:
l'identité de l'humain, son statut, son droit.
Glissement de sens
Enfin, l'emploi abusif du mot "racisme" ne tend-il
pas à en user le sens? Qu'y a-t-il de commun entre
ces expressions souvent utilisées de "racisme
anti-jeune" ou "racisme anti-homosexuel" et
l'antisémitisme nazi? Quelle communauté de sens
entre la politique de l'apartheid et le "racisme anti-femme"
dénoncé par les mouvements féministes?
N'y a-t-il pas eu aussi un détournement du sens du
"droit à la différence"? Celui-ci
ne sert-il pas d'alibi ou de masque aux discours inégalitaires
neo-racistes? Pour y voir clair la première des urgences
consiste donc à nommer et comprendre ce mot. Il s'agit
ensuite d'en analyser tant les différents mécanismes
que ses incarnations dans l'Histoire, pour présenter
les dispositions de lutte contre le racisme.
Le racisme compte parmi les mots fourre-tout dont le sens
se plie aux divers usages qu'en font ses utilisateurs. C'est
désormais au pluriel que ce mot se décline.
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