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Une journaliste poursuivie pour diffamation raciale

Le parquet a dénoncé les "écarts de langage" du site Oumma.com contre un membre du CRIF
Marseille de notre correspondant régional

La journaliste Rabha Attaf comparaissait, vendredi 2 mai, devant le tribunal correctionnel de Marseille pour diffamation et injures publiques à caractère racial envers Zvi Ammar, président du Consistoire israélite de Marseille, et vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF).
Elle avait écrit entre les deux tours de l'élection présidentielle, sur le site Oumma.com, un article qui s'en prenait au président du CRIF, Roger Cukierman, après qu'il eut déclaré que le score de Jean-Marie Le Pen envoyait "un message aidant à contenir la violence issue de l'immigration".
Elle reprochait aussi à Zvi Ammar d'avoir écrit à Daniel Vaillant pour lui demander d'"interdire purement et simplement les manifestations pro-palestiniennes qui troublent l'ordre public". Mais son article, repris dans un tract diffusé en ville, accusait surtout M. Ammar d'avoir été condamné à fermer des hôtels meublés "pour cause d'insalubrité", d'être "soupçonné d'escroquerie" et de "contrefaçon" de chaussures Nike.

Elle reprochait aussi à Zvi Ammar d'avoir écrit à Daniel Vaillant pour lui demander d'"interdire purement et simplement les manifestations pro-palestiniennes qui troublent l'ordre public". Mais son article, repris dans un tract diffusé en ville, accusait surtout M. Ammar d'avoir été condamné à fermer des hôtels meublés "pour cause d'insalubrité", d'être "soupçonné d'escroquerie" et de "contrefaçon" de chaussures Nike.
Pour ce qui est des injures, l'accusation, rédigée par le procureur de la République, retenait une phrase définissant"ce juif tunisien -comme- un fervent partisan d'Ariel Sharon et un ami d'Elie Ychai, chef du parti séfarade Shass, un parti intégriste et raciste qui préconise la déportation des Palestiniens", ainsi qu'une autre l'accusant d'être "le plus grand marchand de sommeil de Marseille", ayant, qui plus est, "affiché (son) hostilité à l'égard des musulmans".
Devant le tribunal, chacun a protesté de son attachement à la concorde entre les communautés et accusé l'autre d'"attiser la haine". Mme Attaf, qui a soutenu que son article devait être lu comme "une démarche politique", à 100 lieues de toute intention "raciste ou antisémite", a d'ailleurs fait témoigner un membre de l'Union juive pour la paix, qui s'est dit "stupéfait qu'elle puisse être accusée de racisme". M. Ammar, lui, a revendiqué ses "excellents rapports avec la communauté musulmane" : pour preuve, "le mufti de Marseille est un grand ami". Il s'est dit prêt "à tourner la page si Mme Attaf retirait son propos" – ce qu'elle a refusé.

"DÉONTOLOGIE ÉLÉMENTAIRE"


Restait donc l'essentiel, la diffamation. M. Ammar a dénoncé le caractère infondé des accusations de la journaliste : dans l'affaire des hôtels, c'est son frère qui était concerné, et il a bénéficié d'une relaxe. Relaxe encore pour la contrefaçon. Le ministère public a insisté sur la "déontologie élémentaire à respecter" par les journalistes, consistant à"vérifier les décisions prises et à ne pas piquer seulement les éléments à charge". Fustigeant des "écarts de langage", il a réclamé 3 000 euros d'amende avec sursis.
La défense de Mme Attaf a estimé que la désignation de "juif tunisien" n'était qu'une "manière de situer les personnes dans le monde sémite", sans connotation "caricaturale". Constatant que d'autres publications avaient traité M. Ammar de "marchand de sommeil", elle s'est demandé pourquoi seule "cette obscure journaliste" avait été poursuivie. Elle a enfin inscrit l'article incriminé dans le contexte d'un débat politique normal, ce qui l'a conduit à demander la relaxe. Jugement le 13 juin.

Michel Samson

• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.05.03

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