Elle
reprochait aussi à Zvi Ammar d'avoir écrit à
Daniel Vaillant pour lui demander d'"interdire purement et
simplement les manifestations pro-palestiniennes qui troublent
l'ordre public". Mais son article, repris dans un tract diffusé
en ville, accusait surtout M. Ammar d'avoir été
condamné à fermer des hôtels meublés
"pour cause d'insalubrité", d'être "soupçonné
d'escroquerie" et de "contrefaçon" de chaussures
Nike.
Pour ce qui est des injures, l'accusation, rédigée
par le procureur de la République, retenait une phrase
définissant"ce juif tunisien -comme- un fervent partisan
d'Ariel Sharon et un ami d'Elie Ychai, chef du parti séfarade
Shass, un parti intégriste et raciste qui préconise
la déportation des Palestiniens", ainsi qu'une autre
l'accusant d'être "le plus grand marchand de sommeil
de Marseille", ayant, qui plus est, "affiché
(son) hostilité à l'égard des musulmans".
Devant le tribunal, chacun a protesté de son attachement
à la concorde entre les communautés et accusé
l'autre d'"attiser la haine". Mme Attaf, qui a soutenu
que son article devait être lu comme "une démarche
politique", à 100 lieues de toute intention "raciste
ou antisémite", a d'ailleurs fait témoigner
un membre de l'Union juive pour la paix, qui s'est dit "stupéfait
qu'elle puisse être accusée de racisme". M.
Ammar, lui, a revendiqué ses "excellents rapports
avec la communauté musulmane" : pour preuve, "le
mufti de Marseille est un grand ami". Il s'est dit prêt
"à tourner la page si Mme Attaf retirait son propos"
– ce qu'elle a refusé.
"DÉONTOLOGIE
ÉLÉMENTAIRE"
Restait donc l'essentiel, la diffamation. M. Ammar a dénoncé
le caractère infondé des accusations de la journaliste
: dans l'affaire des hôtels, c'est son frère qui
était concerné, et il a bénéficié
d'une relaxe. Relaxe encore pour la contrefaçon. Le ministère
public a insisté sur la "déontologie élémentaire
à respecter" par les journalistes, consistant à"vérifier
les décisions prises et à ne pas piquer seulement
les éléments à charge". Fustigeant des
"écarts de langage", il a réclamé
3 000 euros d'amende avec sursis.
La défense de Mme Attaf a estimé que la désignation
de "juif tunisien" n'était qu'une "manière
de situer les personnes dans le monde sémite", sans
connotation "caricaturale". Constatant que d'autres
publications avaient traité M. Ammar de "marchand
de sommeil", elle s'est demandé pourquoi seule "cette
obscure journaliste" avait été poursuivie.
Elle a enfin inscrit l'article incriminé dans le contexte
d'un débat politique normal, ce qui l'a conduit à
demander la relaxe. Jugement le 13 juin.
Michel
Samson
•
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 04.05.03
http://www.lemonde.fr/