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Témoignage d'une mère aveugle (Valérie - Typhlophile)

En quelques lignes je vais dresser le bilan de mon expérience en tant que personne seule, totalement aveugle, mère de 2 enfants voyants de 4 et 7 ans. Durant les 6 premières années la cellule familiale était différente puisque mon défunt époux, personne voyante, vivait parmi nous. Les difficultés retenties, étaient autres et nettement amoindries. Par exemple pour m'assurer que les vêtements des enfants étaient propres, ou harmonieusement assemblés, il me suffisait d'interroger mon mari, qui pouvait me répondre en quelques secondes sans interrompre son activité et sans avoir de tâches supplémentaires.
Certes, le partage des activités dans notre couple était liées aux compétences de chacun et à ma cécité. Ainsi, il conduisait la voiture, coupait les ongles des enfants, corrigeait les devoirs (graphie notamment), et appréciait les dessins.
Aujourd'hui je dois avoir une organisation stricte : profiter de la présence de personnes voyantes pour obtenir les informations que mes yeux ne peuvent me donner. Une "aide éducativo-visuelle, c'est ainsi que je l'ai baptisée, m'aide une heure par jour.
• Elle s'assure que le cahier de texte m'a été bien lu,
• fait des activités plus visuelles (dessin, peinture coloriage),
• m'aide à remplir les documents administratifs,
• vérifie le rangement des jouets,

• lit des livres qui ne peuvent être numérisés,
• me fais part d'observations (réactions allergiques, poux etc), que je ne peux percevoir moi-même.

Les difficultés qu'une mère aveugle rencontre, sont les mêmes que celles vécues en tant que personne aveugle. Elles dépendront donc du degré d'autonomie atteint. Elles sont retenties peut-être) plus douloureusement, car ne pas conduire une voiture soit-même, c'est dépendre d'un tiers pour aller en forêt par exemple.
Je précise pour conclure, que :
• j'exerce une profession à plein temps,
• mes enfants suivent des activités sportives et culturelles,
• se sont adaptés très tôt à mon handicap (m'aider à identifier les conserves et bouteilles, repérer certains produits dans les magasins).
Cependant, mon aîné a connu une période de rejet de mon handicap "sentiment d'injustice, d'incompétence de la médecine". Il a parfois tendance à me tester : adopter certaines attitudes pour savoir si je les détecte malgré mon handicap. Il arrive que mes amis me signalent certaines attitudes non audibles afin de m'aider à les corriger (lorsque l'enfant s'essuies sur ses manches au lieu d'utiliser la serviette). Je perçois des choses avec retard, ce qui quelquefois énerve les voyants. Exemple : un enfant qui fait des saletés à table sera immédiatement repéré dès qu'il a fait une bêtise. Moi je le verrai au moment de débarrasser.
Élever seule des enfants, est déjà complexe. Le handicap rend la chose un peu plus difficile. La cécité, n'exclut en aucun cas la possibilité d'être une mère assumant toutes ses responsabilités. Cela demande des adaptations parfois simples, parfois plus complexes, mais ce sont là des faits qui nous sont coutumiers que nous soyons parent ou non. L'enfant d'une personne aveugle n'encourt pas plus de danger qu'un autre, peut-être sans doute moins car le parent s'assure des conditions de sécurité optimales. Vous allez sourire : lorsque nous allons au bois, je protège mes enfants en les rassurant, en étant présente, en poussant la balançoire. Par contre, lorsqu'ils vont à l'autre bout du parc, ils changent leur mère de banc, me guident à travers les sentiers.... C'est une réelle complicité et un échange formidable.