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Expulsés vers une Mort Lente

14 avril 2003 - L'Humanité

Expulsions. Les vols groupés sont maintenant presque hebdomadaires et le refus d'octroyer l'asile politique de plus en plus critique.
• Bordeaux, Toulouse, Lyon ou Grenoble, les ressortissants kurdes sont de plus en plus dépendants de décisions ne prenant pas en compte la situation politique de leurs zones d'origine.
Le 5 avril, Abdulbari Güler, Kurde de trente-cinq ans, arrêté à Bordeaux lors d'une rafle, était embarqué pour Istanbul. • son arrivée, il a été immédiatement arrêté et condamné à vingt-quatre ans de prison. Le 10 avril, c'était au tour de Homer et Beylan Gigdem. Personne, depuis, n'a de leurs nouvelles. Vendredi dernier, 11 avril, Izzetin Arpaci, trente-deux ans, et Ibrahim Colak, trente et un ans, sont extraits du centre de rétention de Bordeaux et conduits à l'aéroport. Izzetin Arpaci décide d'accepter d'embarquer. " Puisque le gouvernement français ne veut pas croire que notre vie est en danger en Turquie, ce qui va m'arriver le leur prouvera ", confie-t-il à son avocate, Me Christelle Jouteau. Ibrahim Colak, recherché par la police turque, avait refusé de s'alimenter. Il était dans un tel état de faiblesse après dix jours de grève de la faim que le médecin qui l'a examiné à l'aéroport a refusé son expulsion et l'a fait conduire à l'hôpital Saint-André où il a cependant refusé les perfusions. Il est, depuis, rentré chez sa sour, mais un nouvel arrêté d'expulsion est toujours à craindre.

Tous ces hommes faisaient partie de la centaine de Kurdes qui se sont réunis place de la République à Bordeaux et, après en avoir été chassés manu militari par les CRS à la demande du maire, se sont réfugiés sur la place André-Meunier. Ils y déroulent un film de plastique quand il pleut, dorment à même le sol dans des duvets prêtés par le Secours populaire, se chauffent avec un brasero. " Ils avaient installé des tentes. Elles ont été confisquées, arrachées par la police, explique Madeleine Lenoble, membre du comité de soutien aux sans-papiers kurdes. Les interventions de Claude Mellier, conseillère municipale communiste, pour obtenir qu'un local soit mis à leur disposition se sont heurtées à une fin de non-recevoir, alors que la ville dispose de locaux libres. Et dire que ces hommes sont été utilisés sur le chantier du tramway aux travaux de terrassement ! "
L'évêché de son côté a interdit à tous les prêtres de prêter un local. Les orthodoxes n'ont pas de lieux disponibles. Des démarches sont engagées avec les protestants. Mais le fond du problème reste le respect du droit d'asile politique : " Il ne faut pas oublier, explique Dogan, traducteur, de l'Association franco-kurde bordelaise, qu'en Turquie les arrestations massives de Kurdes continuent, que la guerre en Irak et l'action des Kurdes aux côtés des Américains ne font que les rendre plus agressifs, que les prisons turques sont pleines de plus de dix mille prisonniers politiques, qui n'ont pas droit à la promenade, à l'aération, aux visites. La Turquie a supprimé la peine de mort pour faire plaisir à l'Europe, alors les prisons sont faites pour qu'on n'en sorte pas vivant. Ici, Alain Juppé n'entretient des relations qu'avec l'Association franco-turque. Il ne nous a jamais reçus. "
Nicolas Sarkozy s'était engagé à ce que les Kurdes ne soient pas renvoyés en Turquie. Mais à Bordeaux, personne ne croit que le préfet ait pu prendre, seul, la décision d'expulsion, puisque ses victimes sont sympathisantes ou membres du HADEP, parti issus du PKK et récemment interdit. D'ailleurs Jean-Jacques Paris, conseiller général communiste, s'est adressé au ministre de l'Intérieur, le questionnant sur une éventuelle suppression de l'asile territorial créé en 1998 : " La loi exclurait du droit d'asile toute personne venant d'un pays considéré comme sûr : serait-ce le cas de la Turquie ? "
Vendredi soir Me Michel Touzet a annoncé que le préfet avait accepté de revoir, un par un, les dossiers des demandeurs d'asile.
Emilie Rive

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