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Les jeudis de la Philo

Le jeudi 21 mars dernier, deux Flamands Roses (asbl) se sont présenté au Centre Socio Educatif de Wattrelos afin de participer à un débat sur les discriminations multiples organisé par le Point Information Jeunesse dans le cadre de ses « Jeudi de la Philo ». A ce débat étaient également invités un représentant des Papillons Blancs, une association d’aides aux handicapés, une personne de « Vieillir Autrement », une association voulant favoriser les relations intergénérationnelles, Monseigneur J.L. Brunin, évêque de Lille ainsi que les associations Gay Kitsch Camp et Contact.

Le débat a porté sur différents thèmes.

Mgr Brunin a d’abord rappelé qu’on faisait le choix d’une religion quelle qu’elle soit, en son âme et conscience, que c’était comme un engagement, avant d’évoquer l’universalité de la religion pour démontrer qu’elle n’avait pas de volonté discriminante et affirmer qu’elle avait des choses néanmoins à dire pour participer aux débats qui soulèvent la société. Il a par là opposé la religion à la laïcité de la société qu’il comprenait en terme de pouvoir. La religion, c’est religare, relier. Puis un participant a parlé de la culture de la séparation qui sous-tendait notre société qui faisait que toujours on séparait le blanc du noir et qu’on restait cloisonné dans des images où on laissait libre cours aux fantasmes et à l’imaginaire sans chercher réellement à savoir ce qu’ils cachaient. Il a ainsi critiqué par la même occasion les regroupements en ghettos aptes à favoriser ce genre de préjugés et appelé au mélange des populations et au respect à la différence.

Vieillir Autrement a quant à elle abordé la question des problèmes de communication qui surviennent entre les générations. Ainsi, son représentant nous a-t-il expliqué la peur des jeunes que peuvent éprouver les personnes âgées et la peur également face à des cultures différentes. Son but est de favoriser la création des échanges pour effacer de telles craintes.

Les jeunes — et les moins jeunes — ne voient plus, donc ne connaissent plus. Il se donnent une image, endossent une attitude et des vêtements afin de se sentir mieux intégrés au sein d’un groupe. Image qui peut par la suite être amplifiée et déformée par les médias. Aujourd’hui, il est important de faire « propre sur soi », un même jeune pourra ou non subir des réflexions s’il est habillé en survêtements ou en costume.

Le représentant des Papillons Blancs a quant à lui évoqué le rejet que rencontre les personnes handicapées dans la société, et par extension la gêne que nous pouvons éprouver lorsque nous en rencontrons une et la peur que nous ressentons que la personne s’en rende compte dans notre regard. Il a affirmé que les différences existaient — on ne peut pas le nier — mais qu’il fallait justement voir comment ensemble on pouvait vivre. Il a également essayer de montrer que nos différences rencontraient finalement le même type de rejet. Selon lui, il ne faut pas se cloîtrer dans nos seules luttes, mais se battre ensemble pour une évolution des mentalités, même si lente car c’est dans la durée qu’on change les regards.

Les associations homosexuelles présentes ont rappelé les discriminations dont sont victimes les homosexuels, depuis la simple ignorance volontaire de l’homosexualité au rejet violent, depuis les licenciement abusifs à l’impossibilité le plus souvent de simplement embrasser celui ou celle qu’on aime au moment de se quitter dans la rue. Le thème de l’homoparentalité fut abordé et nous n’avons pas été à l’abri des réflexions selon lesquelles un enfant ne peut se développer sans son père ET sa mère, mettant ainsi dans le même groupe familles homoparentales et monoparentales. Nous avons encore abordé la question du mal-être liée au regard que nous porte et nous fait porter sur nous-même la société. Les associations ont également rappelé qu’il n’y avait pas de loi réprimant les discriminations homophobes et que « sale gouine » ou « sale PD » demeuraient licites, de même que pour les discriminations sexistes, au contraire des injures racistes ou antisémites par exemple. Un participant a néanmoins souligné la différence qu’il pouvait y avoir entre la loi et son application. Mgr Brunin, interrogé sur la position de l’Eglise à nié que l’Institution s’opposait au port du préservatif (sic) mais qu’elle prônait en revanche la fidélité. Interrogé sur l’attitude de l’Eglise à l’encontre des homosexuels, il a d’abord rappelé qu’elle les aidait à travers des associations comme David & Jonathan puis a affirmé qu’Elle se devait de les accompagné et de les soutenir, qu’ils étaient comme des handicapés, et qu’il n’avait jamais rencontré d’homosexuels épanouis. On lui a donc répondu qu’il avait beaucoup de chance car aujourd’hui il rencontrait pour la première fois des homosexuels épanouis et invité à en rencontré d’autres au Centre Gay et Lesbien au 19 rue de Condé.

Ce petit incident mis à part, le débat était très agréable et riche. Certes, nous n’avons pas rencontré un soutien unanimes dans l’assistance, certains participants dans l’assemblée nous considérant comme des malades mentaux — c’est toujours agréable à entendre —, mais il s’est tout de même dégagé un consensus autour du respect de / à la différence. Mais ce qu’il faut aussi retenir est le but final du débat. Nous ne parlions pas en vain. Le débat était organisé au Centre Socio Educatif de Wattrelos, il était donc préparé à l’intention des jeunes des quartiers et de fait, un peu plus d’une dizaine d’entre eux s’est déplacée. Certes, il ne s’agissait pas de n’importe lesquels, ceux qui étaient présents étaient des habitués du Point Information Jeunesse qui avaient déjà été briefés par les animateurs. Néanmoins, ces jeunes ont posés des questions à la fois naïves et intéressantes montrant par là une curiosité saine et encourageante : « quelle type de discrimination subissent les homos ? Qu’est-ce que ça fait pour une mère d’apprendre que son fils est homo ? Un jeune qui est élevé par deux parents homo, il devient homo aussi ? Est-ce qu’il y a du machisme et du féminisme chez les homo aussi ?… ». Il faut souligner ce pas, ce dialogue instauré entre personnes et groupes de personnes qui d’habitude s’observent en chien de faïence. Une heureuse initiative donc à laquelle nous participerons volontiers s’il l’occasion nous en est encore donnée.
Mettre ainsi plusieurs discriminations apparemment différentes mais fondamentalement semblables sur le même plan était judicieux puisque ça permettait de souligner justement le fait qu’elles étaient identiques, et plutôt que de parler de discriminations multiples, le débat aurait pu parler de La discrimination, sans pour autant effacer les particularité propres à chacune. Chaque discrimination méritait un débat consacré à elle toute seule, et ce projet est à l’étude pour l’année prochaine. Regrettons seulement l’oubli, ou plutôt le peu d’attention apporté à la question du sexisme. Le sujet a en effet été abordé un bref instant mais a vite été oublié pour un autre. Il est vrai néanmoins que la soirée s’est révélée très riche et qu’il y avait beaucoup à dire. A une prochaine fois alors ?

Thomas