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La Difficile Adoption d'Enfants Etrangers par des Homosexuels en Suède

LE MONDE | 05.02.03 | 16h08
Stockholm de notre correspondant
Parmi les premiers au monde à pouvoir se marier, dès 1995, et bénéficiant d'une loi antidiscriminatoire depuis 2002, les homosexuels suédois ont désormais le droit d'adopter des enfants, conformément à un amendement législatif entré en vigueur le 1er février. Si elle existait déjà aux Pays-Bas, au Danemark et en Islande, cette possibilité a été élargie, pour la première fois en Europe, aux enfants d'origine étrangère. Un régime qui prévaut aussi dans quelques Etats des Etats-Unis.
C'est au nom de l'égalité de traitement et de droits entre tous les couples mariés que le Parlement a modifié la loi en juin 2002, non sans avoir été le théâtre de vifs échanges entre partisans et opposants de cette innovation.

Mais, dans la pratique, les obstacles à la mise en application du nouveau texte en réduisent considérablement la portée. Sören Andersson, qui préside la Fédération suédoise pour l'égalité des droits sexuels (RFSL), principal promoteur de la cause homosexuelle dans le royaume, en convient : "Il serait naïf de croire que ce sera facile dès le début d'adopter à l'étranger."Le seul cas de demande enregistré depuis le 1er février provient d'une lesbienne souhaitant devenir la mère adoptive de l'enfant biologique de la femme avec laquelle elle est mariée. De fait, la probabilité pour un couple homosexuel de se voir confier un bébé étranger est quasi nulle à ce jour. Aucune des six agences d'adoption suédoises reconnues par les autorités de Stockholm n'entretient de contacts, hors des frontières, avec des interlocuteurs susceptibles d'accepter une telle chose. "Or nous ne pouvons pas contraindre les pays d'origine de changer leurs pratiques pour des besoins spécifiques", argumente Margret Henningsson, une responsable du Centre d'adoption, principale agence de Suède, par laquelle transite plus de 600 des quelque 1 000 enfants étrangers qui y sont accueillis chaque année.

RÉTICENCE DE LA CHINE

Cette association est opposée à l'adoption par des homosexuels, au nom du "droit" pour l'enfant de grandir dans une famille composée d'un père et d'une mère. Si elle ne l'admet qu'à demi-mot, elle craint que la nouvelle loi nuise aux chances des couples hétérosexuels. Selon Mme Henningsson, il y a déjà eu des précédents aux conséquences négatives : ainsi, la Chine a restreint le nombre d'enfants confiés à des Suédois vivant seuls après avoir découvert que certains d'entre eux avaient dissimulé leur homosexualité.
Conscient des difficultés, Sören Andersson parie sur un changement des mentalités. Selon lui, certains pays sud-américains sont en train de rejoindre l'Afrique du Sud dans le camp "progressiste" en la matière. Et, pour mieux défendre les dossiers des couples homosexuels contre les "préjugés", RFSL envisage sérieusement de créer sa propre agence d'adoption.

Antoine Jacob
• ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.02.03