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La Leçon de l'Arc-en-Ciel

Samedi 26 avril - 20 heures - Pont des Arches à Liège... Un magnifique et pacifiant cadeau de la nature resplendit dans le ciel...Les passants s'arrêtent sur le pont, les clients sortent des cafés...Partout des dizaines de nez en l'air, fascinés...Le temps s'arrête ! Un superbe arc-en-ciel frisant la perfection illumine le regard...mieux même, un double arc-en-ciel puisqu'il semble être accompagné d'un frère plus pâle. Entre eux, une zone plus sombre trace un pont céleste.

Les couleurs...les couleurs se fondent et se confondent...Nulle ne sait où commence l'une et où s'arrête l'autre, comme la vie. Exemple parfait de l'existence dans laquelle il n'y a pas de limites entre les choses juste des barrières que nos cerveaux, tributaires de nos sens, cherchent sans cesse à élaborer. Mais nous ne percevons qu'une partie de la réalité, tant de choses nous échappent.

Dans son infinie variété, la nature nous offre la plus resplendissante preuve de ses possibilités. Tout est possible...L'Homme n'existe pas, la Femme n'existe pas : il n'y a qu'une infinité d'hommes et de femmes, et d'entre deux...De l'homme total à la féminité radicale, il y a ceux qui sont plus féminins, celles qui sont plus masculines, ceux et celles qui frôlent la frontière des genres...Comme l'arc-en-ciel...pas de limites, juste une infinité de nuances se chevauchant.

De même, entre les êtres, entre les choses, pas de néant, juste des molécules d'air qui se déplacent au gré des mouvements des uns et des autres, qui inévitablement vont avoir des répercussions sur le reste...Pas d'entités séparées sauf pour le regard, l'humanité est un tout, le monde est un tout, l'univers est un tout.

C'est un peu comme un jeu de dominos, ce monde moléculaire : nous faisons tomber le premier et tous les autres tôt ou tard seront touchés...un cercle constitué de dominos qui n'a ni début, ni fin...

Bien sûr, toute action n'entraînera pas le même type de réaction puisque tout dépend de la force du geste. Mais il ne faut pas oublier qu'un geste, si petit soit-il peut faire boule de neige. En cherchant à visualiser mentalement la matière, même celle qui n'est pas préhensible par l'oeil, nous prenons conscience de notre aliénation indestructible à TOUTE la matière.

Dans cet état d'esprit, l'intolérance devient absurde, un peu comme si nous regrettions d'avoir une main droite ou si nous voulions nous débarrasser de notre pied gauche.

Tout est matière : rien ne se perd, tout se transforme. Dans notre nourriture, dans le lit où nous dormons, dans chaque objet que nous utilisons, dans l'air même que nous respirons, il y a un peu du sang des morts d'hier et les éléments de l'espoir des vies à venir. Le temps et l'espace sont des figures de l'esprit.

Parce que nous sommes insécurisés, parce que nous avons sans cesse besoin d'expliquer le monde qui nous entoure, nous élaborons nous-mêmes les barreaux de notre prison. Nous refusons d'admettre que la réalité comme nous la voyons est tributaire de ce que notre cerveau peut percevoir, alors qu'elle est certainement beaucoup plus vaste. Dans cet état de fait, la vérité n'existe pas...Il y a autant de vérités que de cerveaux, chacune ayant sa raison d'être, son égale raison d'être.

Maintenant, loin de moi l'idée de prôner le défaitisme ou l'immobilisme, l'absence d'action est une action en soi puisqu'elle a des répercussions sur le reste, puisque notre perception de la réalité change dès que nous agissons sur elle. Simplement, une envie de vous transmettre cette fameuse leçon de modestie qu'un arc-en-ciel m'a envoyé un soir d'avril alors que mon regard était jusqu'alors posé sur le sol.

Azaléa