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Acor-SOS racisme s’émeut de contrôles au faciès

DROITS HUMAINS • Un recours au Tribunal fédéral s’oppose au classement d’une plainte d’une Camerounaise. ,

PHILIPPE BACH

«Heureusement que mon avocat m’avait un peu préparée, mais c’est tout de même un choc.» Mme C., une jeune mère d’origine camerounaise, avait été arrêtée dans des conditions peu claires par la police genevoise pour avoir voyagé sans billet dans un tram. Elle avait allégué ensuite de mauvais traitements (des coups), une fouille en présence d’agents de sexe masculin et des propos graveleux et racistes proférés à son encontre. Le procureur général avait classé sa plainte. Et la Chambre d’accusation, saisie d’un recours, l’a suivi. L’Association romande contre le racisme (Acor-SOS racisme) entend porter l’affaire devant le Tribunal fédéral.
Les faits remontent au 19 août 2002. Mme C. prenant le tram sans ticket est interpellée par des contrôleurs. Elle aurait refusé de donner son nom. Le ton est monté et la police a été appelée. La jeune mère et son enfant – un nourrisson – sont conduits au poste de Chêne. Selon la plaignante, elle aurait été maltraitée et aurait été l’objet de propos racistes.

La police explique la présence des lésions – constatées par un médecin – par la résistance qu’elle aurait opposée à être conduite au poste, puis par son comportement dans les locaux de la police.
Dans un premier temps, le procureur général a classé la plainte. Décision qui a été contestée par recours. La Chambre d’accusation a donné raison au Parquet le 2 avril dernier. L’affaire va maintenant être portée devant le Tribunal fédéral, ont confirmé, hier, Karl Grünberg, secrétaire général d’Acor-SOS Racisme, et Jean-Michel Dolivo, avocat de la plaignante.

Deux aspects choquent particulièrement ce dernier. Tout d’abord, l’ordonnance de classement viole le droit à entendue de la plaignante. Dans le jugement, on lit que «le Parquet a fait procéder à une enquête préliminaire complète, au cours de laquelle la plaignante a été entendue, et au sujet de laquelle elle a pu s’expliquer suite à la décision de classement du procureur général. En l’occurrence, explique C., «je n’ai jamais été entendue». L’instruction s’est basée uniquement sur la plainte.
Deuxièmement, «cette ordonnance de classement est inique», s’exclame Me Dolivo, «non seulement le droit d’être entendu n’a pas été respecté, mais l’ordonnance fait sienne la version de la police qui, elle, a été auditionnée lors de l’instruction». Ce qui explique la construction «unilatérale et partiale» de ce jugement.
«délit de justice»
Toute une série de témoignages auraient pourtant été intéressants à recueillir, souligne l’avocat. En particulier celui du médecin de SOS-médecins qui pourrait dire, si oui ou non, la plaignante était menottée dans la cellule. Celui du médecin qui a examiné ultérieurement Mme C. et qui a constaté la présence d’ecchymoses indiquant que des coups avaient été donnés. Ou encore une tierce personne qui a assisté à l’altercation.
L’ordonnance de classement admet en revanche, du bout du lèvres, qu’il y aurait éventuellement eu quelques propos déplacés de la police – mais non avérés – comme «la plaignante n’avait rien à faire ici et son enfant non plus», ou encore «vous êtes une sauvage (...), mais de toute façon cela se passe comme ça chez vous également». Bref: l’instruction du dossier aurait dû être menée plus sérieusement. Le recours demandera donc un retour à la case départ. Quant au fait que le procureur général ait dénoncé Mme C. à la Protection de la jeunesse, «c’est de la malveillance et une mesquinerie de plus»,selon M. Dolivo.
Au-delà du cas évoqué hier, Karl Grünberg dénonce une augmentation du nombre de contrôles au faciès. En réponse à une missive d’Acor-Sos Racisme, qui s’inquiétait du nombre important de personnes subissant des contrôles d’identité pour la seule raison de leur couleur de peau, notamment près de la gare, la conseillère d’Etat Micheline Spoerri admet l’existence de telles pratiques. Dans sa réponse à la dénonciation, elle précise que la personne interpellée, dont le cas était évoqué dans la missive, «appartient à une communauté dont une minorité s’adonne au trafic de stupéfiants». Communauté signifiant noire, en l’espèce. Or, quelques lignes plus loin, Mme Spoerri estime que ces pratiques racistes répondent «entièrement à la mission pour laquelle ils [les policiers] ont été engagés».
«Cela n’est tout simplement pas admissible et il faut que cela cesse», selon Karl Grünberg, «nous sommes extrêmement préoccupés». Une pétition demandant la fin de ces pratiques a été lancée par Acor-SOS racisme. Et M. Grünberg de noter qu’au délit de faciès, dénoncé depuis plusieurs mois, «s’ajoute aujourd’hui un délit de justice». D’où la vigilance de son association.
9 avril 2003

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