Sur
le terrain, il s'avère que la grande majorité des
bannis reviennent dans la clandestinité en Belgique, parce
qu'ils y vivent depuis des années, y ont toutes leurs attaches
et leur famille. Bon nombre n'ont pas ou plus de famille dans
le pays d'origine ou n'en parlent même pas la langue. Les
bannis vivent clandestinement en Belgique, cachés, sans
papiers, au crochet de leurs proches ou, pire, en entrant dans
une criminalité plus grave. Depuis juillet 2002, une circulaire
ministérielle limite les cas d'expulsion. Ne
sont plus expulsables: les étrangers ayant séjourné
légalement en Belgique depuis au moins 20 ans, les étrangers
nés en Belgique ou qui y sont arrivés avant l'âge
de 12 ans et les chefs de famille condamnés à des
peines de prison de moins de 5 ans.
Mais
cette circulaire n'est pas appliquée, dénoncent
la Ligue des Droits de l'Homme, le Mrax, le Gsara et le Collectif
contre le bannissement, qui lancent cette pétition pour
demander aux partis politiques l'abolition de la double peine
jugée «inégale, inhumaine et illégale».
L'accueil serait assez favorable dans les partis francophones,
beaucoup moins en Flandre.
«Si le gouvernement français s'apprête à
supprimer la double peine, le prochain gouvernement belge peut
aussi le faire. C'est une mesure moyenâgeuse, qui punit
deux fois la personne mais aussi toute sa famille», conclut
Mme Derriche, de la ligue des droits de l'homme.
Abdel,
4 ans dans la clandestinité
BRUXELLES «C'est la période noire de ma vie»,
raconte Abdel, 43 ans, un Marocain de Bruxelles qui a été
banni dans les années 80. «J'ai été
condamné pour des vols. Des conneries de jeunes. J'avais
20 ans. Et je l'ai payé cher. Après la prison, j'ai
été renvoyé au Maroc, un pays que je connaissais
à peine puisque j'étais arrivé en Belgique
avec mes parents en 1963. Heureusement, j'avais encore une soeur
au Maroc. Mais mes parents devaient m'envoyer de l'argent depuis
la Belgique pour vivre. Ma compagne et tout le reste de ma famille
étaient en Belgique. Je suis rentré clandestinement
fin 1987.»
Comment vit-on? «Dans la peur. Quand je me promenais
à Bruxelles, je savais qu'au moindre contrôle je
serais expulsé. Pour vivre et élever mon enfant,
j'ai travaillé en noir dans la restauration, le nettoyage
et aussi comme chauffeur. Pas de contrat, pas de droits. Vous
n'existez pas.»
Finalement, en 1991, le ministre de la Justice de l'époque,
à qui il avait pris le risque d'écrire, a régularisé
la situation d'Abdel. Aujourd'hui, il se bat pour la suppression
de la double peine. «Même pour la sécurité
des gens, ce serait mieux. La clandestinité pousse à
la délinquance. On dit que la double peine, c'est pour
sécuriser mais, sur le terrain, c'est l'effet inverse qui
se produit», dit-il.
De son côté, Jean-Pierre Dardenne explique son engagement
dans cette campagne: «J'ignorais que cette mesure de
double peine existait aussi en Belgique. Je l'ai découvert
lors d'un débat avec Bertrand Tavernier, qui a fait un
film sur le sujet, Histoires de vies brisées. Je trouve
cette mesure injuste, illégale. Et si je peux contribuer
à sa suppression, c'est le moins que je puisse faire».
Benoît
Franchimont
Avec
l'aimable autorisation de Benoît Franchimont
©
La Dernière Heure 2003 - 06/05/2003
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