La
bisexualité, une sexualité taboue
Les
bisexuels vivent souvent leur orientation sexuelle, à l’insu
de leur plus proche, dans l'ombre. La bisexualité est en
effet très mal acceptée. Il s’agit d’une
sexualité qui suscite un trouble tel qu’il n’est
pas rare que les personnes bisexuelles soient considérées
comme « anormales », « obsédées
» ou « incapables de fidélité ».
Les « bis », comme ils se désignent parfois,
tendent à véhiculer un fantasme de dangerosité,
qui désigne souvent des modes de vie ou de pratiques (par
exemple, la prostitution ou l’échangisme) vécues
comme pouvant porter atteinte à l'intégrité
de l’identité hétérosexuelle. De fait,
la majorité des bisexuels se cachent et seules les personnes
ayant une relation intime avec eux, en ont connaissance.
La
bisexualité, une sexualité de l’ombre
Les individus qui se disent ouvertement bisexuels
sont rares. Contrairement à l’homosexualité
qui est progressivement reconnue comme une véritable identité
sexuelle et qui bénéficie aujourd’hui d’une
certaine reconnaissance sociale, la bisexualité reste une
réalité vécue de manière souterraine.
Dans certains pays, comme en France, en Suisse ou au Canada, des
bisexuelles tentent de se regrouper en associations pour mieux
se faire accepter. Ces groupes sont alors considérés
comme « phénomène de mode » ou taxés
d’excentricité sexuelle.
A
l’origine, nous sommes tous bisexuels...
Des enquêtes réalisées dans
la population générale nous apprennent qu’entre
30 à 40% des adultes reconnaissent avoir partagé
des relations sexuelles avec les deux sexes ou avoir été
attiré par les deux sexes. Notamment au cours de l’adolescence,
période marquée par la recherche d’une identité
sexuelle. Potentiellement, nous portons tous en nous une possibilité
d’orientation sexuelle, vers l’hétérosexualité
ou vers l’homosexualité et en ce sens, nous sommes
tous bisexuels…
La
bisexualité, une sexualité en soi
Pour le sexologue et psychologue Michel Campbell
« la bisexualité est bel et bien une orientation
sexuelle en soi. Et les bisexuels ne sont pas différents
des hétérosexuels en ce qui concerne la fidélité
ou la promiscuité ». Selon lui, il faut voir la bisexualité
comme l'expression d'une grande diversité sexuelle chez
l'être humain. D’ailleurs les bisexuels sont sans
doute plus nombreux qu’on ne le croit … Le rapport
Janus publié en 1994, fruit d’une étude sur
la sexualité des Américains, nous apprends même
qu’il y aurait plus de bisexuels (5% des hommes et 3% des
femmes) que d'homosexuels (4% des hommes et 2% des femmes).
La
bisexualité, une sexualité pas nécessairement
une identité
La question qui se pose en fait avec la bisexualité
est de savoir s’il s’agit d’une modalité
de pratique de sexuelle ou bien si elle constitue en soi une véritable
identité sexuelle. Les bisexuels ont la réponse.
Dans le « Manifeste français 2002 des bisexuelles
et des bisexuels », ils déclarent : « La bisexualité
est un sentiment d'être au monde avant d'être un style
de vie (…) Parmi nous, certains (nes) vivent leur bisexualité
comme un choix, pour d'autres elle va de soi. Ce que nous partageons,
c'est la volonté de l'assumer ».
Pour
en savoir plus
Bisexualité : le dernier tabou ? par Rommel
Mendès-Leite, Catherine Deschamps et Bruno-Marcel Proth,
Editions Calman-Levy, 2002.
15/01/2003
Dr Catherine Feldman
Avec
l'aimable autorisation de e-santé
http://www.e-sante.net/francais/