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La Montée en Puissance des Femmes à la Chambre

Laurette Onkelinx

Autant d'hommes que de femmes. Ces élections 2003 auront consacré le principe de la parité sur les listes électorales. Après la méthode peu convaincante des quotas inaugurée en 1994, l'obligation était donnée aux partis d'affirmer des tendances électorales moins machistes. Un moyen clair : obliger ces seigneurs à céder 50 % de l'espace des bulletins de vote aux nouvelles princesses de la politique (1). Résultat des courses ? Près de 35 % des 150 députés élus, selon nos calculs, seront des femmes. Un décompte provisoire, bien sûr. Etre élu ne signifie pas nécessairement siéger.

C'est une fameuse montée. En 1999, 19,3 % de femmes ont été élues même si davantage ont siégé, analyse Eliane Gubin, professeur d'histoire à l'ULB. La nouvelle loi sur la parité y est pour beaucoup. Toutes les études montrent que ce sont essentiellement les places en ordre utile qui permettent l'éligibilité. En 1999, les hommes occupaient 82 % de ces places. Malgré l'obligation de la parité, c'était encore top souvent le cas cette fois-ci puisqu'il était possible de placer deux personnes du même sexe aux trois premières places. Souvent des hommes…

Parti dont la représentation était la plus féminine depuis les élections de 1999, les Verts n'ont plus le monopole de cette évolution, même s'ils partagent encore équitablement leurs quatre parlementaires. Suivent ensuite les socialistes francophones (40 % d'élues), les libéraux (37 %) et puis le CDH (25 %), dont l'effet Milquet masque des troupes très mâles. Le seul élu Front national est aussi poilu.

Côté flamand, les socialistes affichent 40 % de députées. Le VLD, le CD&V et le Vlaams Blok oscillent tous autour des 30 %.
Institution historiquement plus féminine, le Sénat étonne par son statu quo. Seulement 30 % des sièges ont été remportés par des femmes. Populaires, ces dames ? Les scores sont souvent flatteurs. Mais le gouffre qui les sépare des hommes demeure énorme. Au Sénat, à peine huit femmes figurent dans le top cinquante du pays ! Joëlle Milquet (CDH), classée dixième, arrive en tête des femmes les plus populaires du Royaume (131.309 voix de préférence). A la Chambre, ce n'est guère mieux. A peine dix élues figurent dans ce même hit-parade. Classée quatrième avec 93.030 suffrages, la CD&V Inge Vegotte (Anvers) a l'honneur d'être « la » première.

Il y a toujours un décalage structurel entre le pourcentage de candidatures et le nombre d'élues, analyse Olivier Paye, professeur en sciences politiques aux Facultés Saint-Louis. Compte tenu des évolutions passées et des nouvelles règles, on aurait pu s'attendre à une progression plus proche des 40 %. Mais la défaite cinglante des verts et la stagnation du CD&V sont à prendre en considération. Ces partis avaient une grande tradition de mise en valeur des femmes. Par ailleurs, il faudra analyser plus finement l'impact de la suppression d'une partie de l'effet dévolutif de la case de tête.
Aux prochaines élections, l'alternance homme-femme sur les listes sera obligatoire. Un moyen supplémentaire de renforcer la présence féminine dans les cénacles parlementaires. Mais cette disposition ne suffira pas pour gagner la parité.

Le mouvement doit se prolonger au niveau des partis, poursuit Olivier Paye. Trop de postes sont encore occupés par des hommes qui cumulent plusieurs fonctions. Et puis, la féminisation des instances dirigeantes des partis n'est pas un modèle du genre. Il reste du travail sur ce plan.

Ah ! A quand une femme à la tête du PS ou du MR ? •

Christophe Schoune

(1) Infos : www.votezlaparité.be

Avec l'aimable autorisation de Christophe Schoune Le soir.be