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La Misère sous le Nez

Combien de fois ne nous promenons-nous pas dans la rue en passant à côté de quelques jeunes sdf avec leurs chiens et en évitant de les regarder ? Pour nous défendre de ce sentiment de culpabilité, souvent tout à fait inutile, de vivre dans une société imparfaite, où certains êtres humains n’ont pas le droit à un minimum de respect et de dignité, les réflexions fusent :

« Ce n’est pas ma faute, je n’y peux rien »
« On ne peut pas aider tout le monde »
« Ce ne sont que des drogués » (Ben oui, mais les drogués sont aussi des êtres humains !)
« Ils n’ont qu’à travailler » (C’est connu…Tout le monde peut trouver du travail ! Surtout quand on n’a aucune qualification, ni les moyens de se vêtir convenablement).

Et tant d’autres encore qui ne sont que le reflet de notre impuissance.

Et tant d’autres encore qui ne sont que le reflet de notre impuissance.

Bien sûr que nous ne pouvons pas régler tous les problèmes du monde tous seuls. Mais nous avons un pouvoir électoral, nous pouvons interpeller des élus, nous associer (Nous ne mesurons pas notre chance puisqu’il y a des pays où cela n’est même pas permis).

Surtout, nous avons le pouvoir de nous réapproprier notre humanisme. Ne plus tourner la tête…Parler…Dire bonjour…De petits gestes qui nous semblent anodins mais qui rendent aux personnes de la rue le sentiment d’exister, d’être pris en considération, de retrouver leur humanitude. Qui sait si le réapprentissage de la fierté, du respect de soi, ne peut pas faire jaillir un nouveau désir de combat pour s’en sortir.

Par notre feinte indifférence, n’attisons-nous pas le désespoir et la certitude des sans logis de n’être rien, de vivre dans un monde parallèle dont les barrières sont infranchissables ?
Ce n’est pourtant pas grand-chose que de changer de regard ou, plutôt, d’accepter d’ouvrir les yeux.
Bien sûr que cela nous dérange, mais nous ne pouvons pas, sous ce prétexte, faire éternellement comme si cela n’existait pas.
Nous oublions parfois l’essence même de ce que nous sommes.

Personne n’est à l’abri d’un revirement de situation…Nous sommes tellement certains de notre qualité d’être humain…Qu’en serait-il si les autres ne nous accordaient plus ce statut ?

« Ancien bébé rose, amoureux au bouquet de roses » dit la chanson de Souchon. La misère nous fait-elle perdre, avec les biens matériels, notre droit à la dignité, au soutien, à l’amitié, à la sympathie ?
Nous saluons nos voisins en sortant de nos immeubles…Pourquoi ne regardons-nous pas ces sdf qui peuplent quotidiennement nos trajets ?

La honte, le dédain, la crainte, n’ont jamais fait progresser les choses. Alors, à défaut de ne pas pouvoir régler financièrement toute la misère du monde, donnons-nous le pouvoir d’être encore des humains…Ce ne serait déjà pas si mal.

Azaléa