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Comprendre L'Autisme

L'Association de parents pour l'épanouissement des personnes autistes présente cette brochure à la réflexion des omnipraticiens, des médecins spécialistes, des psychologues, des pédagogues, des thérapeutes, des éducateurs, des logopèdes, des assistants sociaux, des kinésithérapeutes.


1. Aveugle ou sourd ?

C'est la première question que les parents - ou le médecin- se posent lorsqu'un nourrisson ou un jeune enfant se comporte de façon anormale. Mais non, dit la mère, quand il rampe ou trotte dans la maison, il ne se cogne nulle part. Et il entend les avions bien avant nous, il y réagit immédiatement et va se cacher en pleurant. Les signes physiques - à l'inverse de ce qui se passe pour l'arriération mentale - ne sautent pas aux yeux. Il s'agit souvent d'un bel enfant, harmonieusement constitué, au visage régulier.

Mais son comportement est anormal. La mère raconte par exemple que son bébé est étrangement calme dans son berceau; il reste indifférent lorsqu'elle l'embrasse et le cajole; il ne tend pas les bras quand elle veut le soulever; ou bien, si l'enfant est plus âgé, elle dira qu'il n'a pas le moindre intérêt pour les jouets mais s'occupe pendant des heures à agiter une ficelle, par exemple; ou que le jeu de la lumière dans les tentures ou encore le vent dans les cheveux de sa mère l'excitent beaucoup; qu'il est pris de panique lorsqu'arrivent des étrangers, et n'accepte de manger que des aliments liquides pour bébé, qu'il ne parle pas ou mal... Bref, quelque chose ne va pas dans le contact avec les gens ou les choses; les mêmes gestes reviennent inlassablement et l'attachement à la routine est frappant; le développement du langage est perturbé. Mais la cause ne réside ni dans une cécité, ni dans une surdité.

Quelle est alors l'origine de tout cela? On pense actuellement qu'à côté d'autres dysfonctions neurologiques, l'enfant autiste présente une carence au niveau de l'hémisphère gauche du cerveau, et plus précisément au niveau de la zone qui confère normalement un sens aux perceptions. L'enfant normal développe spontanément cette faculté "signifiante" dès la naissance. Il comprend vite qu'une certaine déformation du visage maternel est un sourire, donc un geste positif. Il en va de même pour certains mots qu'il ressent très tôt comme affectueux et donc également comme positifs. C'est précisément ce qui fait problème pour le petit autiste. Il voit bel et bien la mimique de sa mère, le mouvement de ses traits, il entend une succession de sons qui sortent de sa bouche, mais il ne parvient pas - ou ne parviendra que beaucoup plus tard - à y déceler un geste positif qui lui est destiné.

D'où cette indifférence apparente (qui n'est pas indifférence réelle, mais bien incapacité) à l'égard des gens et des choses; d'où les difficultés de langage (la langue est en définitive une collection de sons qui "signifient" chacun quelque chose de différent); d'où aussi la tendance à s'accrocher à un schéma d'activités très limité et répétitif (ce qui n'est pas nouveau est connu, donc rassurant).

De même que pour certaines autres lésions cérébrales, les causes relèvent, pour leur plus grande part, de traumatismes intra-utérins et périnataux. On pourrait dire que l'enfant naît autiste. Mais il y a des exceptions, comme toujours. Parfois le comportement autistique survient à la suite d'une maladie aiguë, d'une forte fièvre avec convulsions, par exemple. Ce qui semble certain, c'est que le désordre doit s'être manifesté avant l'âge de 30 mois.

2. Environ un cas par omnipraticien

L'autisme a fait l'objet d'études épidémiologiques aux États-Unis, au Canada mais aussi plus près d'ici, en Angleterre et au Danemark, c'est-à-dire dans des pays comparables au nôtre... Résultat : cinq personnes sur 10 000 sont autistes, dans une proportion de quatre garçons pour une fille. Pour la Belgique, cela signifie quelque 5000 cas.

Mais ce calcul est fort étroit. Un malheur vient rarement seul. Ainsi, l'incidence de la débilité mentale est particulièrement élevée parmi les autistes - pas plus de 20 pour cent ont un QI dépassant 70. Et ces autistes sont assez souvent atteints d'épilepsie.

Or, il existe des tableaux cliniques sur lesquels on ne pose pas d'emblée le label "autisme", mais qui, en seconde analyse, révèlent aussi des difficultés dans les domaines de l'imagination, du langage et du développement social. D'un point de vue pratique, il vaut pourtant mieux considérer ces personnes comme autistes d'abord. Pourquoi ? Parce que leurs difficultés de communication de type autistique empêchent toute approche usuelle et, partant, tout traitement usuel. Si leur handicap de communication n'est pas abordé de façon spécifique, ces personnes ne peuvent tout simplement pas être aidées. Lorna Wing, psychiatre britannique pour enfants, spécialement intéressée par l'autisme, s'exprime comme suit : "Il s'agit de personnes qui sont incapables d'organiser leur propre vie. Les gens normaux, et même les débiles mentaux non autistes, développent un système d'idées personnelles qui leur sert de fil conducteur pour le comportement à avoir dans des circonstances diverses. Par contre, les personnes atteintes d'autisme ou présentant des perturbations apparentées de la communication, ne peuvent s'adapter à notre monde à cause de leurs difficultés particulières. Elles ne disposent donc pas d'un système organisé qui leur permettrait de réfléchir au passé, d'interpréter le présent et de faire des projets d'avenir. La seule manière de les aider consiste à leur fournir de l'extérieur une structure et une organisation...".

Voilà une expression nouvelle : "personnes atteintes d'autisme et de troubles apparentés de la communication". Elle a, pour le moment, le vent en poupe. Lorsqu'on rencontre le terme "autisme", on voit ou entend de plus en plus souvent la suite : "et troubles apparentés de la communication", pour la bonne raison que les personnes présentant de tels troubles ont besoin, comme les autistes, que d'autres apportent de l'extérieur une structure et une organisation dans leur vie.

Si donc, on ajoute les personnes souffrant de troubles apparentés de la communication à celles atteintes d'autisme, l'incidence des problèmes autistiques peut être multipliée par trois : 15 sur 10 000. Pour la Belgique, cela signifie alors 15 000 cas.

En bref, il est fort probable que chaque omnipraticien compte, parmi ses patients, un autiste ou une personne présentant des troubles apparentés de la communication. Il est important de ne pas les ignorer.

Suite de l’article ainsi qu’une foule de précieux renseignements sur ce site très complet :
http://www.autisme.qc.ca/