Mais
son comportement est anormal. La mère raconte par exemple
que son bébé est étrangement calme dans son
berceau; il reste indifférent lorsqu'elle l'embrasse et
le cajole; il ne tend pas les bras quand elle veut le soulever;
ou bien, si l'enfant est plus âgé, elle dira qu'il
n'a pas le moindre intérêt pour les jouets mais s'occupe
pendant des heures à agiter une ficelle, par exemple; ou
que le jeu de la lumière dans les tentures ou encore le
vent dans les cheveux de sa mère l'excitent beaucoup; qu'il
est pris de panique lorsqu'arrivent des étrangers, et n'accepte
de manger que des aliments liquides pour bébé, qu'il
ne parle pas ou mal... Bref, quelque chose ne va pas dans le contact
avec les gens ou les choses; les mêmes gestes reviennent
inlassablement et l'attachement à la routine est frappant;
le développement du langage est perturbé. Mais la
cause ne réside ni dans une cécité, ni dans
une surdité.
Quelle
est alors l'origine de tout cela? On pense actuellement qu'à
côté d'autres dysfonctions neurologiques, l'enfant
autiste présente une carence au niveau de l'hémisphère
gauche du cerveau, et plus précisément au niveau
de la zone qui confère normalement un sens aux perceptions.
L'enfant normal développe spontanément cette faculté
"signifiante" dès la naissance. Il comprend vite
qu'une certaine déformation du visage maternel est un sourire,
donc un geste positif. Il en va de même pour certains mots
qu'il ressent très tôt comme affectueux et donc également
comme positifs. C'est précisément ce qui fait problème
pour le petit autiste. Il voit bel et bien la mimique de sa mère,
le mouvement de ses traits, il entend une succession de sons qui
sortent de sa bouche, mais il ne parvient pas - ou ne parviendra
que beaucoup plus tard - à y déceler un geste positif
qui lui est destiné.
D'où
cette indifférence apparente (qui n'est pas indifférence
réelle, mais bien incapacité) à l'égard
des gens et des choses; d'où les difficultés de
langage (la langue est en définitive une collection de
sons qui "signifient" chacun quelque chose de différent);
d'où aussi la tendance à s'accrocher à un
schéma d'activités très limité et
répétitif (ce qui n'est pas nouveau est connu, donc
rassurant).
De
même que pour certaines autres lésions cérébrales,
les causes relèvent, pour leur plus grande part, de traumatismes
intra-utérins et périnataux. On pourrait dire que
l'enfant naît autiste. Mais il y a des exceptions, comme
toujours. Parfois le comportement autistique survient à
la suite d'une maladie aiguë, d'une forte fièvre avec
convulsions, par exemple. Ce qui semble certain, c'est que le
désordre doit s'être manifesté avant l'âge
de 30 mois.
2.
Environ un cas par omnipraticien
L'autisme
a fait l'objet d'études épidémiologiques
aux États-Unis, au Canada mais aussi plus près d'ici,
en Angleterre et au Danemark, c'est-à-dire dans des pays
comparables au nôtre... Résultat : cinq personnes
sur 10 000 sont autistes, dans une proportion de quatre garçons
pour une fille. Pour la Belgique, cela signifie quelque 5000 cas.
Mais
ce calcul est fort étroit. Un malheur vient rarement seul.
Ainsi, l'incidence de la débilité mentale est particulièrement
élevée parmi les autistes - pas plus de 20 pour
cent ont un QI dépassant 70. Et ces autistes sont assez
souvent atteints d'épilepsie.
Or,
il existe des tableaux cliniques sur lesquels on ne pose pas d'emblée
le label "autisme", mais qui, en seconde analyse, révèlent
aussi des difficultés dans les domaines de l'imagination,
du langage et du développement social. D'un point de vue
pratique, il vaut pourtant mieux considérer ces personnes
comme autistes d'abord. Pourquoi ? Parce que leurs difficultés
de communication de type autistique empêchent toute approche
usuelle et, partant, tout traitement usuel. Si leur handicap de
communication n'est pas abordé de façon spécifique,
ces personnes ne peuvent tout simplement pas être aidées.
Lorna Wing, psychiatre britannique pour enfants, spécialement
intéressée par l'autisme, s'exprime comme suit :
"Il s'agit de personnes qui sont incapables d'organiser leur
propre vie. Les gens normaux, et même les débiles
mentaux non autistes, développent un système d'idées
personnelles qui leur sert de fil conducteur pour le comportement
à avoir dans des circonstances diverses. Par contre, les
personnes atteintes d'autisme ou présentant des perturbations
apparentées de la communication, ne peuvent s'adapter à
notre monde à cause de leurs difficultés particulières.
Elles ne disposent donc pas d'un système organisé
qui leur permettrait de réfléchir au passé,
d'interpréter le présent et de faire des projets
d'avenir. La seule manière de les aider consiste à
leur fournir de l'extérieur une structure et une organisation...".
Voilà
une expression nouvelle : "personnes atteintes d'autisme
et de troubles apparentés de la communication". Elle
a, pour le moment, le vent en poupe. Lorsqu'on rencontre le terme
"autisme", on voit ou entend de plus en plus souvent
la suite : "et troubles apparentés de la communication",
pour la bonne raison que les personnes présentant de tels
troubles ont besoin, comme les autistes, que d'autres apportent
de l'extérieur une structure et une organisation dans leur
vie.
Si
donc, on ajoute les personnes souffrant de troubles apparentés
de la communication à celles atteintes d'autisme, l'incidence
des problèmes autistiques peut être multipliée
par trois : 15 sur 10 000. Pour la Belgique, cela signifie alors
15 000 cas.
En
bref, il est fort probable que chaque omnipraticien compte, parmi
ses patients, un autiste ou une personne présentant des
troubles apparentés de la communication. Il est important
de ne pas les ignorer.
Suite
de l’article ainsi qu’une foule de précieux
renseignements sur ce site très complet :
http://www.autisme.qc.ca/