(L'auteur
du texte suivant vient du Quebec. Aussi les programmes éducatifs
proposés dans la deuxième partie n'existent pas
en Belgique ou en France. Maintenant, ils peuvent être une
piste ou une source d'inspiration pour les formateurs et les enseignants.
Bonne Lecture. Azaléa)
La
tolérance
Quelle belle vertu dont nous aurions intérêt
à nous rappeler l'existence en cette période de
tensions. Mais qu'est-ce que la tolérance ? Qu'est-ce qu'elle
implique ? Doit-on tout tolérer ? Est-il possible pour
un Américain qui a perdu son frère dans l'attentat
du 11 septembre 2001 de " tolérer " Ben Laden et les musulmans intégristes
d'Al-Qaïda qui ont revendiqué l'attentat ? Peut-on
exiger que le Palestinien qui reconnaît des bombes identifiées
" made in USA ", tirées par l'armée israélienne
depuis sa tendre enfance, tolère les Américains
et leurs actions sur son territoire?
Le Nouveau Petit Robert définit la tolérance comme
étant " une attitude qui consiste à admettre chez autrui une manière
depenser ou d'agir différente de celle qu'on adopte soi-même " . Tolérer,
c'est donc accepter
la différence.
Le dictionnaire dit aussi que la tolérance, c'est " une
aptitude d'un individu, d'un groupe à supporter les effets
d'un facteur extérieur".
Le fait de supporter ou d'" endurer " par obligation, c'est donc aussi tolérer, dans un sens plus restrictif. Même
si notre voisin ou notre camarade de classe nous énerve,
nous devons tout de même apprendre à le tolérer, afin qu'une
certaine harmonie sociale soit préservée.
Notre perception de la différence se modifie au gré
de nos expériences et de notre développement en
tant qu'être social. Il est dommage que ce changement ne soit pas toujours positif
" Ensemble, les enfants de cette planète se réunissent
pour jouer à la cachette, au ballon panier, construire
des châteaux de sable et sauter comme une grenouille. Ils ont tous en commun,
le goût de partager leur existence en riant et en jouant
jusqu'à ce que leur cur soit comblé. Parce
qu'ils sont innocents, ils ne connaissent pas encore la haine
ni le jugement.
Ils ne comprennent pas pourquoi la couleur de peau serait un obstacle
à l'amitié ? N'ayant pas encore subie l'influence
des adultes, leur couleur ne leur cause aucun détriment. En
fait, leur seule volonté est de s'amuser et d'agrandir
leur cercle d'amis(es). "
Pourquoi donc, lorsque ces mêmes enfants sont adolescents,
toute différence, même si elle est anodine, devient
prétexte à des railleries, à des commérages ? Parce qu'il est
gros, " nerd ", efféminé, boutonneux, qu'il
n'a pas, lui, sa paire de Nike, un tel est rejeté du groupe.
Parce qu'elle est timide et aime faire les choses autrement,
elle est constamment harcelée.
La différence constitue peut-être pour l'adolescent
une source de marginalisation, qui le contraint dans la recherche
de ce sentiment de " faire partie de la gang " dont il a besoin, pour préserver
son estime de soi et consolider son identité.
Les moqueries et l'exclusion entre jeunes à cause de différences,
est-ce donc un mal nécessaire ? Faut-il accepter ce phénomène
comme tel, en nous disant qu'il apparaît à l'âge
scolaire et qu'il est un phénomène normal du développement
social de l'individu? Une société qui se dit tolérante ne peut
se permettre de banaliser cette attitude que nos jeunes et nous-mêmes
adoptons souvent : celle d'exclure quelqu'un, sur la base d'une opinion
toute faite que l'on s'est construite d'un individu, et ce,
à partir de détails superficiels comme la marque
de ses chaussures, le modèle de voiture que conduisent
ses parents ou la note qu'il a eue à son examen de mathématiques.
Dans les milieux scolaires, on commence à peine à
reconnaître que le harcèlement et l'exclusion entre
jeunes constituent des problèmes dont il faut se soucier et pour lesquels il faut
intervenir. On a trop longtemps banalisé ce phénomène
du harcèlement, qui mène tragiquement environ une vingtaine d'enfants par
année au suicide . Devrions-nous continuer à banaliser
les propos de nos enfants qui, pour se justifier, nous donnent des répliques
de ce genre : " Tu sais maman, quand nous le traitons de "fiff", c'est juste une joke ! C'est notre ami, ça ne le
dérange pas. "
Il est normal d'avoir des préjugés. En tant qu'humains,
nous avons besoin de catégoriser, pour comprendre notre
monde comme les gens qui nous entourent. Mais lorsque nous excluons quelqu'un
sur la base de simples idées préconçues,
nous faisons de la discrimination. Dans notre société
démocratique et respectueuse des différences, discriminer
est un geste illégal.
Le rejet répétitif que peut subir un enfant ou un
adolescent en raison d'une différence quelconque peut affecter
le développement
de son estime personnelle et de son identité. Le jeune
vient à considérer ces détails comme le reflet
absolu de son être.
Il croit qu'il n'est qu'un gros, un boutonneux, et pas autre chose.
S'il reste coi devant ces commentaires désobligeants et
qu'il n'en informe pas les personnes en autorité, par peur
des représailles, il entretient à ses dépens
le cercle vicieux de la victime. Celle-ci, confinée dans
son rôle, encourage ses agresseurs à la harceler
encore plus. Il
contribue, de plus, à renforcer la loi du silence qui prévaut
dans notre système et qui est bien utile pour préserver
une
certaine " image "...
C'est ce que nous avons et ce que nous faisons, et non ce que
nous sommes, qui est malheureusement devenu le leitmotiv de
notre société de consommation.
Comme citoyens, comme parents, que pouvons-nous faire pour supporter
nos enfants ? L'enfant différent, l'enfant rejeté,
se sentira supporté s'il sait que sa peine et sa souffrance
sont reçues et comprises par ses parents et que ceux-ci
ne les minimisent
pas. Le jeune doit être en mesure de comprendre que l'étiquette
que ses camarades lui apposent n'est simplement, si tel est
vraiment le cas, qu'un aspect de sa personne. Il doit se sentir
valorisé dans ce qu'il a d'unique. Pourquoi avoir honte
de
ce qu'il est ? Il est unique au monde ! Il n'y en a pas deux comme
lui parmi bientôt sept milliards d'être humains !
En tant
qu'éducateurs, les parents ont tout intérêt
à inciter le jeune à développer son esprit
critique, afin qu'il soit en mesure
de relativiser les propos des gens à son égard.
Les normes esthétiques ou sociales, par exemple, s'imposent
dans la société
sans contrôle. Nous laissons ces normes définir la
normalité et l'anormalité et nous sommes malheureux,
si nous n'y correspondons pas dans notre totalité. Invitez
le jeune à constater, par exemple, l'écart qui existe
entre le
physique des femmes et des
hommes qu'on montre dans les magazines et les médias, et
l'apparence physique moyenne de la population qui fréquente
le cinéma,
le magasin, l'épicerie
Il constatera de lui-même
qu'il se compare à des portraits totalement irréalistes
et hors du commun ! Les médias, tout comme le milieu familial,
peuvent contribuer à la formation des préjugés.
Comme adultes,
comme parents, nous avons aussi la responsabilité de réviser
nos propres généralisations et de ne pas les faire
paraître aux
yeux des jeunes comme des vérités.
Réductrices, les généralisations ne sont
jamais bonnes, qu'elles portent sur les petits, les immigrants,
les Musulmans, les
personnes âgées, les adolescents
En évitant
les contacts avec toute une catégorie d'individus,
nous nous privons tous d'occasions qui pourraient peut-être
nous faire grandir comme êtres humains. Les adolescents
doivent
être avertis des risques négatifs,
voire dangereux de ces catégories. Finalement, nos jeunes
doivent être convaincus du caractère inadmissible
de l'intolérance
et de l'exclusion sur la base des différences. Juger quelqu'un,
lui dire des propos disgracieux est aussi grave que lui donner
un coup de poing. Les blessures qui s'en suivent peuvent même
être plus importantes. Pour qu'ils en soient convaincus,
notre système doit l'être aussi. La direction, les
enseignants, les parents doivent travailler de concert pour faire
de la tolérance des différences, une règle
de vie qui fait partie intégrante du code d'éthique
de l'école et dont le non respect
sera sanctionné.
Les jeunes seront plus enclins à dénoncer le phénomène,
si l'administration et le personnel de
l'école offrent et donnent le plein support à ceux
qui en sont victimes. Il faudrait idéalement arriver à
ce que les jeunes,
eux-mêmes, désapprouvent
en bloc ce comportement. Se moquer de quelqu'un ne serait alors
plus perçu comme " cool " de leur part, mais plutôt
exécrable
et immature.
En tant qu'adultes et parents impliqués, pour contrer l'intolérance,
les niveaux d'actions sont donc multiples. Il faut d'abord
commencer par prendre nous-mêmes conscience de nos propres
préjugés et faire l'autocritique de nos comportements
et attitudes.
Ensuite, nous devrions encourager nos jeunes à faire de
même et à les supporter dans cette démarche.
Finalement, pour que la tolérance ne demeure pas qu'une
vertu, mais qu'elle devienne une habileté sociale que nos
jeunes possèdent,
il serait souhaitable
que l'école, comme milieu de vie et d'apprentissage, prenne
des moyens concrets pour assurer son intégration.
La caravane de la tolérance
Beaucoup d'organismes à but non lucratif offrent des programmes
de sensibilisation dans les écoles. La Fondation de la
tolérance,
auteur de cet article, a pour mission de sensibiliser les adolescents
aux conséquences des préjugés, de la discrimination
et de l'intolérance sous toutes ses formes. Elle concrétise
sa mission à travers des projets éducatifs novateurs
comme celui
de la Caravane de la tolérance, son outil de sensibilisation
principal. La Caravane de la tolérance est une exposition
interactive,
à caractère pédagogique, de type multimédia,
qui se déploie dans les écoles secondaires de la
région de Montréal principalement.
Toutefois, les villes de Lévis, Québec et Hull seront
visitées cette année. Depuis 1995, année
de sa création, elle rejoint
environ 10 000 jeunes par année. Quatre animateurs d'origine
multiculturelle et spécialisés dans différentes
disciplines animent,
en équipe de deux, des discussions qu'ils ont avec les
jeunes au cours d'un parcours en trois étapes.
La première étape aborde la notion du préjugé,
le point de départ de l'exclusion. Comme déclencheur
aux discussions, les jeunes
commentent des photos, sous titrées de légendes,
qui ont été prises par d'autres jeunes et qui
illustrent certaines de leurs préoccupations et leur vision
du monde. Les animateurs amènent les jeunes à définir
le préjugé
et à identifier ses origines.
Le thème de la deuxième étape est la discrimination
ou le résultat possible d'un préjugé.
Un mur vidéo formé de téléviseurs
projetant simultanément des scènes d'intolérance
illustre différents motifs de discrimination
énoncés par la Charte québécoise des
droits et libertés. Les jeunes sont amenés à
identifier ces motifs, à les comprendre
et à les relier à des situations d'exclusion dont
ils sont témoins ou victimes dans leur milieu, dans leur
quotidien ou dans
l'actualité.
L'ultime conséquence de la discrimination, le génocide
ou l'extermination d'un groupe culturel, ethnique, religieux,
est démontrée
dans la troisième étape. À l'aide de photos
choc et de textes expliquant l'Holocauste et les génocides
de l'Arménie, la Bosnie-Herzégovine, du Cambodge,
du Timor-Oriental et du Rwanda, les animateurs démontrent
jusqu'où peut
mener la discrimination
et quelles leçons l'histoire nous donne en ce sens.
Suite à la visite de cette exposition, chaque groupe-classe
est rencontré une seconde fois pour une activité
de réflexion,
qui place les jeunes dans un contexte où ils ont à
démystifier des préjugés et à s'interroger
sur leurs propres comportements
et attitudes. Une fois les rencontres de groupes terminées,
un rapport et un suivi sont réalisés auprès
du milieu. Ces documents
permettent que le contenu des discussions soit communiqué
aux intervenants et de suggérer des ressources à
contacter, si ce
n'est des actions à mettre en place pour favoriser une
plus grande tolérance.
Peu importe le moyen entrepris pour les sensibiliser, les jeunes
doivent retenir comme message que la tolérance entre nous
est nécessaire pour assurer à tous un " vivre ensemble
" harmonieux. Elle subsistera surtout, si chacun de nous se fait
le
devoir de la perpétuer dans son quotidien, au fil de ses
rencontres. Toutefois, être tolérant ne signifie
pas tout accepter
ou tout " endurer ". Comme citoyens jeunes et adultes d'une société
démocratique et ouverte sur le monde, nous ne pouvons
tolérer la violence, le non respect des droits fondamentaux
et l'abus de pouvoir. Par contre, des réalités comme
les différences
interculturelles, les orientations sexuelles diverses, les croyances
religieuses autres, font que les sociétés
sont vivantes et évoluent. La différence peut être
perçue comme un avantage et une source d'enrichissement
individuel. Il
n'en tient qu'à nous de la percevoir comme telle.
Malorie Ménard, pour la Fondation de la tolérance
26 novembre 2001
Lévesque, Lia, " L'Ordre des psychologues s'attaque à
l'intimidation chez les jeunes ", La Presse, Thursday,
November 8, 2001
Lévesque, Lia, " L'Ordre des psychologues s'attaque à
l'intimidation chez les jeunes ", La Presse, jeudi 8 novembre
2001
Auteur inconnu, " Les couleurs de l'arc-en-ciel ", texte de réflexion,
Jessica Carrié, psycho-éducatrice,
École Rosalie-Jetté,
CSDM, Montréal
Vu
sur le site du FCPQ |