Olivia
45 ans
"En chantier"
Ce
qu’il s’est passé avec mes enfants.
Ce
n’est pas une réflexion mais juste un témoignage.
Quand
la dernière pièce du puzzle s’est mise en
place et que j’ai eu conscience de ce que j’étais
et ce que cela impliquait pour ma vie et celle de mes proches
j’ai flippé.
Quand j’ai accepté et que tout s’est décanté
(que de l’espoir et du bonheur à être soi
même à l’horizon) un seul souci m’est
apparu : mes enfants, souci partagé par ma compagne.
Là on partait vers l’inconnu.
- allaient-ils en souffrir, être perturbés comme
peuvent l’être des enfants après un décès
ou un divorce ?
- allaient-ils me rejeter, ne plus m’aimer, se moquer
de moi ?
Non
rien de tout cela, bien au contraire.
A la base nous sommes une famille bien peu conventionnelle et
assez originale. Nos valeurs et notre mode de vie nous sont
propres et parfois reprochés par les gens bien pensants
de notre entourage. Plus post baba que « travail, famille,
patrie », plus l’amour, les plaisirs et le bien
être que les obligations prise de tête.
Donc un peu plus, un peu moins.
Et puis à la base, je n’étais pas l’archétype
du père viril et autoritaire, mais plus un papa poule
et féminin.
J’ai eu la chance de les élever pendant leurs trois
premières années, je ne travaillais pas alors.
Les câlins, bibis, joujoux, biberons, bibics, couches
et grenouillères étaient mon quotidien.
Caro prenait le relais le soir.
Bonheur et plénitude.
Son enfant qui s’endort dans vos bras après le
biberon et qui, magie ultime, s’abandonne et devient plus
lourd.
Après le sevrage, jamais de petits pots. Je leurs mitonnais
des purées aux divers légumes et épices.
Leur faire découvrir amoureusement « la bouffe
» en espérant qu’ils ne deviennent pas Mac
Do victims.
Les
écouter, parler, rigoler et pour les devoirs scolaires,
ne pas leur bourrer le crâne mais essayer de leur ouvrir
l’esprit. Les premières leçons de math,
nous les avons passées à rêver, imaginer
les yeux fermés.
Nos innombrables ballades sylvestres ou champêtres leur
ont donné une certaine compréhension de la nature.
Pour le français, Caro écrit des histoires pour
les enfants, alors….tranquille !
Et puis, dialogues, délires et échanges le plus
souvent possible.
Parfois à table : la demi-heure des questions, sans tabous
ni tambour ni trompettes (gène parfois, craintes plus
rarement, crises de rire et tout qui coule tout doux en définitive).
Transparence.
Tout ceci à déjà créé des
liens particuliers, des liens d’amour tissés bien
au-delà du sexe des parents, que je sois référant
bidule ou référant machin.
Et
puis mon parcours, comme les TS aiment souvent nommer cette
phase de transformation, n’a pas été une
révolution mais une lente évolution naturelle.
Naturelle, tel est notre maître mot.
Et une transformation lente et progressive, pas une mutation
explosive et soudaine. Il n’y a pas eu de chocs ni de
heurts pour mes enfants. De plus je ne délire ni sur
les hauts talons, les jupes et les soutiens-gorge. Mon aspect
vestimentaire a évolué lentement et m’est
propre sans ressembler aux clichés bipolaires.
Comme
mes enfants ne ressentaient pas de changements significatifs,
qu’ils me voyaient plus heureuse, que je souffrais moins,
ils étaient et restent heureux avec moi et pour moi.
Et puis le plus important est l’amour que nous partageons.
Ca c’est plus fort que tout comme dans la chanson et dans
notre famille c’est une réalité.
Un papa un peu spécial mais un papa qui les aime et sur
qui ils peuvent compter.
Quelques
bémols tout de même. Pas au sein de notre famille
mais vis à vis de l’extérieur.
Pour les préserver, je ne peux comme avant aller les
chercher à l’école, voir parfois leurs professeurs,
les accompagner au sport et être « visible »
quand les copains et les copines viennent à la maison.
J’en souffre beaucoup, eux nettement moins.
Ma petite crevette de 8 ans et demi se fiche de ce que les gens
pensent. Elle me l’a dit une fois que je m’étais
déguisée en mec pour l’attendre à
un pâté de maisons de l’école et quand,
devant son étonnement rigolard, je lui en ai expliqué
la raison.
Mon grand babu de 11 ans et demi s’en fiche aussi mais
il est très sensible. Ca lui fait de la peine de voir
que je suis obligée parfois de me cacher et d’en
être triste même si il comprend tout à fait
la situation.
Il aimerais aussi présenter avec fierté son papa
à ses camarades mais sait qu’il ne le peut pas.
C’est la seule chose qui le fasse vraiment souffrir (un
manque), moi aussi d’ailleurs, surtout que je ne trouve
pas de solutions.
Mettre une fausse barbe, me rembourrer les épaules, cela
risque de tourner au théâtre de boulevard !
Et
pour les référents, ils piochent ce qu’ils
veulent autour d’eux.
Pour mon petit, je m’efforce d’être toujours
à son écoute et de partager les BD, les X-mens,
Pokémons et autres Matrix ou Harry Potter. Avec ma petite,
c’est pareil pour Barbie, Lorie, la danse et les fringues.
Il y a peu elle s’habillait comme moi. Petit à
petit, elle trouve son style à elle.
Ils m’offrent des boucles d’oreilles, des bracelets
aussi naturellement qu’ils pourraient m’offrir des
cravates ou de l’after-shave.
Bon,
pour le moment, tout va bien et pourvu que ça dure !
Il n’y a pas de raisons qu’il en soit autrement.
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